Mediacteur

Blog d'un formateur en Education aux Médias attaché à la formation continuée des enseignants

05 septembre 2008

Apprendre à marcher sur la plate-forme d'un TGV

C'est sur son blog que Bruno Devauchelle amorce un propos intitulé "Parallèle ou séquentiel ?" que j'ai commenté de la façon qui suit :

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Sans doute peut-on accentuer vos propos, s’il s’agit de parler “des jeunes”… car c’est une corporation tellement hétérogène (tout autant que “les adultes”, d’ailleurs) qu’il est d’abord dangereux de généraliser à leur sujet.

Mais je poursuis bien volontiers avec vous, si c’est pour reconnaître que l’école n’est qu’un moment du parcours de chacun (à côté d’autres milieux, bien influant eux aussi) et qu’il serait bien présomptueux d’affirmer une fois pour toute que tel ou tel jeune a -ou n’a pas (et a fortiori définitivement)- ces capacités et compétences que l’on doit approcher, selon les programmes.

Loin de moi de tout relativiser en matière d’évaluation scolaire, mais je pense que l’école doit avant tout accompagner autant que faire se peut, en reconnaissant qu’elle pratique une alchimie inexplicable.

Bien sûr, la concentration semble être un élément incontournable d’une attention toute tournée vers les apprentissages. Mais comme vous le dites, “Le cadre de vie actuel promeut l’idée d’une très grande mobilité mentale et attentionnelle”. Et puis aussi : “L’instantanéité, la vitesse, la proximité, l’ubiquité sont des éléments du quotidien qui ne cessent de se développer au coeur même des modes de vie.”

Comment les jeunes d’aujourd’hui apprennent-ils ? Je ne le sais que très peu (comme la plupart des profs, je pense) ! Apprennent-ils comme avant ? Certes non ! Mais je me refuse à hurler avec certains loups qui déplorent ce qu’on ne leur apprend plus à l’école… et toutes ces pertes de temps que constituent l’approche des Tices (qui ne seraient que des techniques) ?

Comme vous le dites bien : “les objets d’attention qui ont changé de nature. Encore faut-il que l’école les identifie et qu’elle sache les mettre en oeuvre de manière pertinente au lieu de tenter de s’arcbouter sur ce qui “marchait dans le temps’”. Je souligne volontiers…

Quand l’école tente d’identifier de quoi les jeunes ont besoin, elle doit regarder en avant et assez loin, même (et non vers un passé dépassé) et elle doit se rendre à l’évidence que le corps professoral, s’il fait bien son métier, apprend lui aussi chaque jour.

L’école est sans doute plus (et tout autant pour les profs que élèves) un lieu d’apprentissage que d’enseignement, sauf à admettre que d’enseignement, il n’y en a que de mutuel.

Je ne sais si, en fin d’année, il doit y avoir un devoir de réussite… à tout le moins, y avait-il chaque jour un devoir d’entreprendre et de collaborer.

En ce sens, les Tices sont alors non seulement des objets d’apprentissages mais se révèlent aussi de fabuleux outils d’apprentissages (Education aux médias et éducation par les médias).

Sans doute n’est-ce pas pour rien que des pédagogues chevronnés continuent de réfléchir à ce que devient l’apprentissage quand il est affublé d’un 2.0
Si tout était si simple (est-ce d’ailleurs si simple ?) que la transmission des tables de multiplication ou des fables de La Fontaine, ils ne se poseraient pas tant de questions… Vous et moi non plus ! :-)

C’est sur le plancher d’un TGV lancé à T.G. Vitesse qu’il nous faut aujourd’hui apprendre à marcher à nos enfants ! (parallèle et séquentiel à la fois ). L’exercice est plus périlleux et pour eux, et pour nous !
Mais c’est un métier passionnant…

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26 juin 2006

Bruno Devauchelle, encore lui...

Sous le titre : Le développement d'Internet et des TIC est-il compatible avec l'école ?, il revient une fois de plus sur la recherche européenne "Médiappro" que Média Animation a pilotée en Belgique avec ses partenaires européens et canadien du consortium...mais cette fois, pour parler de la place possible des Tices à l'école... notamment où la notion de Web social fait de plus en plus son apparition : le Web.2.0
On livra avec intérêt son article ici
Tags technorati :, web 2.0, mediappro,

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03 mai 2006

Eduquer aux Tices, bonne question

352_ea288c1982bf400955de451a4e76a858.150.150La raison pour laquelle il est sans doute important de se soucier des médias et des technologies dans le monde scolaire, tient au fait que les jeunes (mais aussi les adultes) en consomment abondamment, s’y alimentent en représentations du monde et y puisent toutes sortes de structurations de leur pensées et de leurs actions.
Qu’on le veuille ou non, et qu’ils le veuillent ou non, les médias éduquent. Et nous, consommateurs, nous sommes souvent « à leur école ».

Les médias et les technologies éduquent d’abord, qu’on le veuille ou non, par la proposition de produits finis que les lecteurs consomment sans sourciller. Ainsi, quand on s’interroge entre européens, par exemple, sur les représentations que nous avons de l’Afrique, beaucoup d’entre nous doivent reconnaître que ce qu’ils en connaissent leur vient essentiellement des médias : JT. mais aussi documentaires. Cela, le spectateur en convient sans problème. Mais la fiction, elle aussi, est active de façon manifeste dans la construction de nos représentations. Etonnemment, nous sommes facilement tentés de prendre pour argent comptant ce qui ne sont alors que des constructions romanesques. Et au cinéma plus encore qu’en littérature, peut-être . Car sur les écrans, petits et grands, au point des mots, fait place le choc des photos. Dans l’exemple pris plus haut, un film comme « Out of Africa » aura sans aucun doute laissé des images significatives de la manière dont beaucoup d’entre nous se représentent le continent noir, s’ils ont vu le film.
Mais les médias nous éduquent aussi quand enclenchant des processus de production, le médiacteur lambda se sert des médias comme auteur. Sans aucun doute en savent-ils plus du langage médiatique, ceux qui ont déjà tenu un micro ou une caméra en main. Pratiquer le média en mode de production ouvre de nouvelles perspectives : on ne regarde plus ensuite les écrans de la même façon.

Nos jeunes le savent bien, eux qui sont nés dans un monde de l’image, bien plus que nous. Ils sont aujourd’hui « numériques » dès le faire-part qui annonce leur arrivée au monde et la photographie des premiers instants de leur existence. Il est donc important que l’école accompagne les apprentissages de ces deux savoir-faire, et des savoir-être qui les accompagnent : la lecture critique des médias et l’acquisition d’une bonne base en production médiatique.

Car suffit-il de regarder la télé ou le cinéma pour devenir cinéaste. La manipulation d’une caméra fait-elle de vous un réalisateur ? La capacité de produire de l’HTML vous autorise-t-elle à vous déclarer webdesigner professionnel ? Si la réponse à ces questions semble devoir être négative, on s’étonnera de lire que certains  affirment pourtant volontiers le contraire en imaginant que l’émergence d’une technologie de pointe qui rend ces usages de production beaucoup plus simples (blogs, podcasts…) fera de la génération qui vient une génération de journalistes et de médiacteurs-nés.
Sans doute n’auront-ils aucune difficulté pour mettre en ligne des contenus rapidement capturés (images et sons, notamment). Mais encore leur faudra-t-il dépasser le cap de la période d’essai et vérifier qu’ils ont vraiment des choses à dire. On le constate déjà avec l’apparition des blogs : le phénomène a connu une explosion dès son apparition mais s’est très vite stabilisé aussi. Six moi, un an, deux tout au plus pour la plupart sont la durée moyenne de ces sites où, très vite, on tourne en rond point de vue éditorial. Mais personne n’aurait voulu manquer le rendez-vous de la nouveauté quand elle est arrivée sur le marché. Pourtant, beaucoup s’essouffle. Mais voilà… il fallait en être !

Une chose est sûre, les enseignants qui ne sont pas de cette génération numérique doivent intégrer l’approche médiatique à titre professionnel, comme ils sont amenés à le faire à titre personnel dans leur mission de parents, de grands-parents, d’oncles ou de tantes, faute de quoi, ils seront en complet décrochage avec la société contemporaine.

Certes, il apparaît que les jeunes en savent techniquement plus que leurs aînés et qu’ils développent dans ce domaine plus rapidement leurs compétences. Mais cela ne doit donner de complexe à personne. Les adultes sont là pour apporter une expérience complémentaire à la capacité de faire fonctionner médias et technologies. Tant mieux si un brevet vient valider ces savoir-faire . Cela officialise la reconnaissance d’une compétence devenue aujourd’hui incontournable . Et peut-être même qu’à un moment donné, il ne sera plus nécessaire de s’en inquiéter, car tout le monde aura acquis ces apprentissages de base dans l’enseignement fondamental. Qui sait ? Mais la partie complémentaire dont l’éducation parentale et scolaire devra toujours s’inquiéter de fournir, c’est ce qu’on appelle l’Education aux Médias : une approche critique de la littérature médiatique qui la situe dans un contexte technologique global de communication (relation producteur-public), dans une gamme de modalités d’expression (typologie), qui analyse les contenus proposés (représentations) en situant le média dans une grammaire syntaxique (langage) . Car ne prendre en compte que les seuls aspects technologiques, que ce soit en lecture ou en production, c’est sans doute s’inquiéter de la seule « instrumentation ».

Bruno Devauchelle  le constate : « Une école qui serait "compensatrice des différences" et "structurante des apprentissages" semble faire l'accord de nombre de personnes.[…] Par contre les modalités permettant de parvenir à ces objectifs semblent très variées et faire peu l'unanimité : un enseignement spécialisé, une responsabilité spécifique d'une discipline d'enseignement, un travail d'équipe entre disciplines scolaires, un projet pédagogique au sein de l'établissement... ».

En Belgique francophone, étant donné l’organisation des réseaux d’enseignement, il a été fait le choix d’une approche de l’Education aux Médias comme compétence transversale. La volonté politique était bien que tous les jeunes, et non seulement ceux qui auraient choisi l’option « Médias » ou « Technologies », aient un accompagnement et une formation à ces savoirs, savoir-faire et savoir-être. L’école est-elle, en ce cas, « compensatrices des différences » (réductrice de la fameuse fracture numérique)… sans doute dans un premier temps ! Mais on le constatera, ce n’est pas longtemps l’accès à la console médiatique qui fait problème. On le sait, la télévision, la console de jeu, l’ordi et Internet, le GSM et dernier-né, le MP3 sont rapidement acquis même dans les milieux défavorisés. Mais c’est dans l’usage critique de ces outils médiatiques que ces utilisateurs débutants (et rapidement performants techniquement) devront être accompagnés. C’est le rôle de l’école de devenir « structurante des apprentissages » dans ce domaine nouveau.

A l’instar du Clémi français, et parfois en partenariat avec lui dans le cadre de projets transfrontaliers, Média Animation accompagne les enseignants dans leur programme de formation continuée en cours de carrière, de sorte que le plus grand nombre soit soucieux de cette Education aux Média dont ils n’avaient jamais entendu parler à l’époque de leur formation initiale (ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui, fort heureusement).

Le B2I est sans doute un souci légitime d’instrumentation de nos jeunes, dans une société qui se numérise de plus en plus. L’informatisation des tâches d’enseignement est sans doute un autre souci, légitime lui aussi, d’instrumenter les enseignants dans leur tâche professionnelle (C2I). Pourquoi en effet, ne bénéficieraient-ils pas eux aussi des apports des technologies modernes. Mais l’Education aux Médias s’attaque encore à une autre dimension des apprentissages. Au delà de l’instrumentation (éducation par les médias) elle vise à une approche critique des contenus médiatiques et des processus technologiques, en les resituant dans le contexte technologique global de la communication ‘Education aux médias’).

En cela, je rejoins Bruno Devauchelle dans l’accroche de son article : La rénovation et l'élargissement du B2i  ne doivent pas faire oublier une question importante qui traverse souvent les débats sur la place des TIC en éducation… Laquelle ? « Former aux Tices à l’école : former à quoi, former pour quoi ? » bien sûr !

Michel BERHIN, chargé de mission en Education aux Médias, à Média Animation - Belgique

(1) Lire à ce propos :
http://educaumedia.comu.ucl.ac.be/cem/P14.html

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