12 juin 2009
Quand la publicité vous impose son décodage de l'actu !!!
On connaissait déjà la pratique du teasing en publicité : le fait d'afficher des messages progressivement, par bribes et morceaux, et surtout en n'annonçant pas immédiatement de quoi et de qui il s'agit !
On vient sans doute de passer un nouveau cap dans l'intrusion de notre quotidien par les publicitaires.
Cette fois, ils s'invitent dans notre "quotidien" (entendez aussi... le journal) pour nous proposer (ou nous imposer) une lecture de l'actualité.
Voyez l'image de cette pub pour un groupe bancaire (dont l'identité est révélée à la page suivante) et qui a pris la peine de surligner DANS LES ARTICLES DE FOND DU JOURNAL, les termes qui renforcent son slogan : l'incertitude... et mesurez alors le climat de menace qui est sensé peser sur le citoyen.
Non seulement, vous n'êtes plus libres d'interpréter les signes des temps comme vous l'entendez, mais les journalistes acceptent d'être le jouet -marketing- de cette lecture alarmiste de l'actu.
On peut se demander ce qui a procédé de la juxtaposition des deux : la pub voulait à l'évidence être entourée d'articles traitant de cette "incertitude ambiante"... c'est dire que la place au coeur du journal a été mûrement choisie... Mais allons plus loin dans le raisonnement : la sélection des articles, prérogative suprême de la rédaction, n'a-t-elle pas été affectée par la nécessité d'illustrer semblablement la pub convenue préalablement entre l'annonceur et le service marketing.
Jusqu'où ira la compromission, à l'avenir, entre sélection de l'info, traitement de celle-ci, mise en surlignage et juxtaposition avec la pub... jugée prioritaire !?
10 octobre 2008
Enquête : Quel est votre profil sociogeek ?
Finalement, peu importe le résultat de ce test... (quoique) ce qui est intéressant, c'est de se poser les questions... !
Se dire que nous adoptons souvent des comportements sans trop y réfléchir et que, ici, on vous demande d'en évaluer la mesure... ou la démesure.
Alors, pour moi, cela donne ceci:
30 septembre 2008
Information literacy ?
Certes, l'Education aux Médias ne concerne pas que la communication médiatique de l'information, car elle s'occupe aussi de tout autre contenu (de divertissement et d'éducation, par exemple), en vue d'éveiller à la construction d'un esprit critique chez le spectateur, ou d'habiletés communicationnelles chez le médiacteur, quand il produit ses propres supports. Mais force est de constater que, parmi les ressources en provenance de l'étranger et qui abordent et décrivent cette préoccupation, on trouve diverses façons de la nommer qui tirent en des sens divers.
C'est pourquoi je fais le lien avec cette question, "Avez-vous une culture informationnelle ? que reprend Florence Meichel sur son blog, en écho de l'article de Jean-Marie Leray.
Ces deux lectures me confortent dans l'idée que, en Education aux médias (qu'on l'appelle Média literacy, Information literacy, Digital literacy ou encore Webcitoyenneté '1') nous oeuvrons quotidiennement dans une élaboration tâtonnante d'habiletés d'information (information skills) pour atteindre la logique de cette Proclamation d'Alexandrie à laquelle JM Leray fait référence également.
Et j'aime la modestie avec laquelle il décrit l'opération, aussi peu "maîtrise"... tout en reconnaissant sa nécessité au point de parler d' un droit humain de base dans un monde numérique qui apporte l'intégration de tous les peuples.
Chute 1 : Allez... demain, on aura encore du travail !
Chute 2 : Décidément, je me sens bien avec cette idée que la connaissance se construit chaque jour et que la collaboration entre praticiens aide chacun à se forger une expérience personnelle dans laquelle les échecs tout autant, si pas plus que les réussites, sont sources d'apprentissages.
Complément
Je ne résiste pas à l'envie, un jour plus tard, de vous envoyer ici , (passez outre de la page Forbidden 403 en cliquant sur le lien Bypass) tellement, j'ai l'impression que nous exprimons les mêmes choses... :-)
05 septembre 2008
Apprendre à marcher sur la plate-forme d'un TGV
C'est sur son blog que Bruno Devauchelle amorce un propos intitulé "Parallèle ou séquentiel ?" que j'ai commenté de la façon qui suit :
Sans doute peut-on accentuer vos propos, s’il s’agit de parler “des jeunes”… car c’est une corporation tellement hétérogène (tout autant que “les adultes”, d’ailleurs) qu’il est d’abord dangereux de généraliser à leur sujet.
Mais je poursuis bien volontiers avec vous, si c’est pour reconnaître que l’école n’est qu’un moment du parcours de chacun (à côté d’autres milieux, bien influant eux aussi) et qu’il serait bien présomptueux d’affirmer une fois pour toute que tel ou tel jeune a -ou n’a pas (et a fortiori définitivement)- ces capacités et compétences que l’on doit approcher, selon les programmes.
Loin de moi de tout relativiser en matière d’évaluation scolaire, mais je pense que l’école doit avant tout accompagner autant que faire se peut, en reconnaissant qu’elle pratique une alchimie inexplicable.
Bien sûr, la concentration semble être un élément incontournable d’une attention toute tournée vers les apprentissages. Mais comme vous le dites, “Le cadre de vie actuel promeut l’idée d’une très grande mobilité mentale et attentionnelle”. Et puis aussi : “L’instantanéité, la vitesse, la proximité, l’ubiquité sont des éléments du quotidien qui ne cessent de se développer au coeur même des modes de vie.”
Comment les jeunes d’aujourd’hui apprennent-ils ? Je ne le sais que très peu (comme la plupart des profs, je pense) ! Apprennent-ils comme avant ? Certes non ! Mais je me refuse à hurler avec certains loups qui déplorent ce qu’on ne leur apprend plus à l’école… et toutes ces pertes de temps que constituent l’approche des Tices (qui ne seraient que des techniques) ?
Comme vous le dites bien : “les objets d’attention qui ont changé de nature. Encore faut-il que l’école les identifie et qu’elle sache les mettre en oeuvre de manière pertinente au lieu de tenter de s’arcbouter sur ce qui “marchait dans le temps’”. Je souligne volontiers…
Quand l’école tente d’identifier de quoi les jeunes ont besoin, elle doit regarder en avant et assez loin, même (et non vers un passé dépassé) et elle doit se rendre à l’évidence que le corps professoral, s’il fait bien son métier, apprend lui aussi chaque jour.
L’école est sans doute plus (et tout autant pour les profs que élèves) un lieu d’apprentissage que d’enseignement, sauf à admettre que d’enseignement, il n’y en a que de mutuel.
Je ne sais si, en fin d’année, il doit y avoir un devoir de réussite… à tout le moins, y avait-il chaque jour un devoir d’entreprendre et de collaborer.
En ce sens, les Tices sont alors non seulement des objets d’apprentissages mais se révèlent aussi de fabuleux outils d’apprentissages (Education aux médias et éducation par les médias).
Sans doute n’est-ce pas pour rien que des pédagogues chevronnés
continuent de réfléchir à ce que devient l’apprentissage quand il est
affublé d’un 2.0
Si tout était si simple (est-ce d’ailleurs si simple ?) que la
transmission des tables de multiplication ou des fables de La Fontaine,
ils ne se poseraient pas tant de questions… Vous et moi non plus !
C’est sur le plancher d’un TGV lancé à T.G. Vitesse qu’il nous faut
aujourd’hui apprendre à marcher à nos enfants ! (parallèle et
séquentiel à la fois ). L’exercice est plus périlleux et pour eux, et
pour nous !
Mais c’est un métier passionnant…
17 juin 2008
Rapport de l'UNESCO en matière d'éducation aux médias
Certes, la production date déjà de 2006 et est le fruit d'un processus de création qui devrait être commenté pour le recontextualiser... mais nous avons là une mise à plat de concepts et de stratégies sur lesquels s'accordent bons nombre de professionnels de l'éducation aux médias en Europe.
Je me fais donc un plaisir de vous donner à lire ce document.
Pour rappel, la Communauté française de Belgique a, elle aussi, son référent en la matière. Il est toujours accessible en ligne, même si l'édition papier est aujourd'hui épuisée.
13 juin 2008
Eduquer aux médias, la finalité première et... dernière
Souvent, dans les débats concernant le métier que j'exerce, on est amené à parler de la modalité par laquelle l'Education aux médias trouve sa place dans la stratégie de formation.
Les enseignants viennent-ils à nos programmes avec une demande spécifique d'Education aux médias, ou est-ce nous qui les y amenons ?
J'ai encore répondu dernièrement à cette question sur un blog en écrivant ceci :
Les profs qui viennent en formation pour les Tices sont d'abord
demandeurs d'informations pratiques au niveau technique. C'est le :
"Comment ça marche ?"
Puis vient le second questionnement : "Qu'en faire en classe ?" C'est la pédagogie assistée par les Tices.
Certains se posent aussi parfois la question : "Comment l'enseigner ?" C'est la didactique des Tices.
Et pour beaucoup, on s'arrete là... se disant, c'est déjà beaucoup
d'efforts et de temps consacrés à cette nouvelle instrumentation de nos
pratiques.
A mon sens, l'Education aux Médias réclament une prise de distance
critique qui pose la question "Qu'est-ce qui se passe quand ça se passe
?". C'est-à-dire : Quand ça marche (ou que ça ne marche pas) et que je
m'en sers en classe, moi le prof, moi l'élève... qu'est-ce que
j'enclenche comme processus nouveau (pour l'instant), spécifique (par
rapport à d'autres stratégies possibles) et particulier (nous sommes
dans le jeu de la communication, et le média c'est aussi le message...
Mac Luhan). De sorte que je prenne mieux conscience de ce qui est en
train de se passer et que je le valide ou le rectifie, ou l'assume plus
ou moins bien.
C'est le questionnement spécifique de l'Education aux médias, à mon sens.
Mais on pourrait y voir un parallèle avec d'autres questionnements critiques du genre : Qu'est-ce qui se passe quand j'enseigne dans un système scolaire qui a des principes x ou y... ( transmission, répétition, sélection, standardisation, homologation...) ? Et je peux rencontrer des situations pointues qui m'invitent à une lucidité aigüe, du genre : Comment est-ce que j'analyse le système quand mes enfants sont dans celui-ci, quand je les ai dans ma classe, par exemple...
Ce questionnement de l'éducation aux médias doit être intégré dans les apprentissages un et deux (CCM et qu'en faire en classe)... sinon les profs n'arrivent jamais à ce dernier questionnement. C'est en tout cas notre/ma pratique en Belgique francophone.
03 août 2006
Le journalisme des pros cèderait à l’impro

A propos de ROBIN Jean, « Manifeste du Journalisme continu », article en ligne, téléchargeable au format pdf à l’adresse : http://www.tatamis.info/assoc/introduction.htm
Résumé :
Mise
en parallèle des articles de Jean Robin et Joël de Rosnay. Prise de
distance par rapport à leur vision futuriste d’une société renouvelée
par l’équipement collaboratif que constituent les NTIC. Insistance sur
la nécessité, pour aller malgré tout dans ce sens, d’une didactique
technologique, doublée d’une éducation aux médias. Mention de ce que,
dans une vision prospective, il est toujours malaisé de pressentir
l’effet produit par la prophétie elle-même, sur le contexte de
réception.
Voilà un concept intéressant qui tente une perspective
sur l’avenir du journalisme à l’heure des nouvelles technologies. Ou
plutôt, qui parle d’un complément à la tâche journalistique, grâce aux
nouvelles technologies et l’apport collectif des internautes. Mais j’ai
tout de même envie de le nuancer de quelques remarques.
Ce raisonnement développé dans un texte agréable à lire n’est pas sans connexion avec la révolution pronétarienne
de Joël de Rosnay. On voit bien, à lire l’un et l’autre, qu’une
®évolution est en marche. Mais j’ai la même impression à la lecture des
deux textes. Faut-il imaginer que l’apparition des technologies de
facilitation permettront, à elles seules, l’apparition d’une nouvelle
pratique et, au travers d’elles, la production performante de nouveaux
savoirs ? Loin de moi d’ignorer l’intérêt de la facilitation
technologique. Mais d’autres démarches, doivent à mon sens être mises
en place pour que se produise le changement annoncé –ou espéré- par
l’auteur. Je rejoindrai aussi dans ma lecture, les observations
faites par les deux premiers critiques (M. Soccavo et M. Legris) à s’être prononcés.
Compilation féconde, si et seulement si
Il me semble à moi aussi incongru de n’évoquer le journalisme de demain que sous l’angle du formatage, de la gestion et de la syndication des infos existantes. Moi aussi, j’aurais envie d’y voir là plutôt une tâche de « documentaliste ».
Bien
sûr, la convergence de ressources ainsi provoquée peut générer
l’émergence de nouvelles réflexions et de nouveaux savoirs, mais cela
naît alors de l’appropriation des sources par un lecteur intelligent,
et non par la seule juxtaposition technologique. Le monde scolaire
reproche assez massivement à la jeune génération de pratiquer à tort et
à travers le « copier/coller », il y a lieu de rappeler que l’homme
produit toujours de nouveaux savoirs, certes en se basant sur ceux du
passé, mais aussi en conjuguant ceux-ci avec une nouvelle manière de
voir les choses.
Dans une économie de marché
Un
autre aspect qui me semble absent des considérations faites par J.
Robin, est le schéma économique dans lequel émergerait et se
développerait ce journalisme continu. Qu’on le veuille ou non, les
groupes de presse, les radios et les télévisions, sont des entreprises
qui font commerce de l’info. Si les nouvelles technologies (je suis
moi-même adepte et observateur enthousiaste des blogs à des fins
pédagogiques) permettent la mise en ligne spontanée d’infos par le
commun des mortels, se pose malgré tout, au bout d’un moment, la
question de la rémunération de l’auteur, pour le temps qu’il passerait
à ainsi produire, et celle aussi de la reconnaissance –notamment
financière- de la qualité du travail produit. Je crois en effet que le
web se cherche pour l’instant, dans un modèle de collaboration gratuite
(on l’appelle Web 2 .0)
qui générerait du savoir « à bon compte ». On l’a déjà lu à plusieurs
endroits sur le web, on pose immédiatement la question de la fiabilité
des infos (surtout si elles sont apparemment gratuites)
et aussi celle de la propriété intellectuelle. De Rosnay comme Robin,
visiblement optent pour un avenir collaboratif gratuit (car
généralisé), une reconnaissance liée à la notoriété acquise d’une identité numérique
construite sur la masse de ses productions et sur le crédit apporté par
les lecteurs, lesquels référenceraient plus ou moins vos pages, selon
leur conviction profonde, grâce à des outils de syndication de plus en plus performants.
Peut-être ! Mais qui peut dire comment « le marché » se défendra par rapport à cette pratique actuellement émergente ?
Pour
chacun des deux auteurs, j’ai envie de dire que leur pensée propose «
un possible » qui n’est pas nécessairement « un probable » ou « un
souhaitable ». Leur mérite est d’éveiller à une réflexion prospective
et peut-être de forcer au positionnement citoyen. Que voulons-nous
vraiment ?
Mais ! « Time is money » reste malgré tout, qu’on
le veuille ou non, un des piliers du fonctionnement de notre société.
Il y a trois jours (le mardi 1er août 2006), était votée en Belgique,
une nouvelle loi organisant le cadre du « bénévolat ». Celui-ci devient
assez paradoxalement une activité « rémunérée
» ! Mais c’est la logique d’une société marchande qui s’adapte à une
certaine évolution. Derrière cette reconnaissance de la valeur
indéniable de la prestation bénévole, il y a aussi des considérations
liées au fait que celle-ci ne peut entrer en concurrence avec
l’embauche réelle. On tente de concilier les inconciliables, pour ne
rien perdre en essayant de gagner sur tous les tableaux ! Car le marché
est réactif.
« Pouvoir » et « savoir »
Si
les nouvelles technologies facilitent la production de textes,
d’images, de sons et d’hyperliens entre les sources, est-ce pour autant
que les utilisateurs potentiels sauront en faire un usage approprié. On
ne s’improvise pas journaliste. Les techniques technologiques ne
remplacent pas les compétences professionnelles. Au mieux, elles les
servent. Face à la prolifération des infos, les deux critiques
(M. Soccavo et M. Legris) craignaient déjà que la surinformation
tue l’information. Je les rejoins sur ce point, car non seulement
« Time is money » s’applique au producteur d’info, mais aussi au
lecteur. Tout le langage médiatique est structuré par cette nécessité :
informer en faisant gagner du temps. C’est tout un art, qui justifie
pleinement que l’on apprenne le métier aussi dans des écoles de
journalisme. L’écriture communicationnelle n’a rien à voir avec la
belle écriture apprise dans les écoles, ou avec la prose scientifique
qui publie les résultats de ses recherches. Que dire alors de la
production de supports sensés permettre non seulement l’information,
mais aussi la formation. On peut supposer que la logique proposée par
J. Robin au sujet du journalisme doive être étendue à l’enseignement.
N’irait-il jusqu’à dire que demain, nous aurons un « enseignement
continu » ? A moins qu’il n’estime qu’il n’est déjà là, dans
l’enseignement à distance, notamment, aidé par les nouvelles
technologies ? Je formulerais alors la même réserve
que pour le texte de Joël de Rosnay pour insister sur le fait
que, fournir les ressources d’un apprentissage, fut-ce par la voie
moderne des technologies de la communication, ne garantit pas pour
autant la transmission des savoirs et des savoirs-faire. A tout le
moins sans la mise en place de deux compétences : la didactique technologique (utilisation de l’outil dans un processus d’enseignement) et l’éducation aux médias
(capacité d’esprit critique dans sa consommation médiatique), tant dans
le chef de l’enseignant que de l’enseigné, de sorte qu’au moment
d’utiliser les technologies pour enseigner, le décodage de « ce qui se passe quand ça se passe
» soit accessible aux deux acteurs. Et cette mise en place n’est, non
seulement pas un fait acquis, mais demande aussi une politique lente à
orchestrer (1).
Vivre, c’est muter
Sans
doute va-t-on vers un nouveau changement de la manière de faire du
journalisme et aussi de la manière d’enseigner. Mais je serais plus
réservé que Robin et de Rosnay pour annoncer une ®évolution. Une
mutation se profile sans aucun doute, mais dans un système qui
intégrera celle-ci pour ne pas être menacé de disparition. Ainsi se
défend, à mon sens, le marché. Mais n’était-ce pas là le rôle des
prophètes de la tradition. Leur mission n’était sans doute pas de dire
assurément le futur, mais bien de dire des futurs probables… de sorte
que le récepteur entendant le message se positionne et agisse pour
orienter son devenir.
A bon entendeur…
(1) On pourrait d’ailleurs inviter le lecteur convaincu de la nécessité d’aller dans ce sens, de signer la charte européenne des formateurs en Education aux médias
journalisme+continu, jean+robin, jean+Robin
26 juillet 2006
Harry, interim gagnant
H.R.
a entamé son job d’été ce lundi 17 juillet. Arrivé à l’heure, il a pris
son service et a correctement rempli le contrat durant les trente
minutes de prestation qui constituèrent la face visible d’une journée
de travail commencée tôt en matinée. Pourtant, le lendemain, Harry
faisait la Une de tous les quotidiens français.
Autour des kiosques à journaux et sur les plates-formes de métro, en banlieue comme à la capitale, tout le monde s’interrogeait : « L’avez-vous regardé ? Comment l’avez-vous trouvé ? ». Et les commentaires ont fusé de partout. Les « C’est drôle tout de même, vous ne trouvez pas ? » et les « Va falloir s’habituer » répondant aux « Moi, je trouve ça normal ! ».
Harry est un gars pas banal. A 33 ans, en lieu et place d’un Patrick Poivre d’Arvor en vacances et qui file sur ses 60 ans, il a présenté le JT sur la grande chaîne télévisuelle française, Tf1. Le JT peut-être le plus regardé en francophonie. Mais ce n’est pas cela qui a mis la presse et le peuple en émoi. La surprise est ailleurs : Harry est noir !
On aurait pu s’interroger sur bien d’autres aspects de son parcours professionnel ou de sa personnalité… mais c’est sa couleur de peau qui a retenu toute l’attention. Mais que les inquiets se rassurent, le black est d’origine martiniquaise… et donc français puisque né à Tours.
La classe politique s‘était interrogée, après les émeutes massives des banlieues. En lien avec le Club Averroès, on savait aussi la direction de la chaîne française de télévision, soucieuse de travailler à l’intégration toujours plus grande d’une visibilité des minorités dans le paysage audiovisuel. C’est cet aspect, plutôt épidermique, qui aura apparemment nourri les commentaires de l’arrivée de ce bel homme à la tête du principal rendez-vous médiatique quotidien.
Or, non seulement, il est sans doute regrettable que l’on se soit ainsi focalisé sur son taux de mélanine, mais que l’on ait encore cru bon de devoir argumenter sur le bien-fondé de cette nomination. Insister lourdement sur le fait qu’une revendication légitime est enfin en train d’être rencontrée et rappeler que ce pas fait suite, fort heureusement, à la nomination de sa consoeur Audrey Pulvar sur France 3 démontrent combien le procédé est encore artificiel… dans une France qui a toujours des difficultés avec sa génération BBB (1) .
Pas la moindre question d’ordre culturel (2) quand, sur notre chaîne privée, Hakima Darmouch a commencé d’assumer l’interim de Florence Reuters, titulaire en congé de maternité. On cherchait une femme pour maintenir la parité de genre dans l’équipe des présentateurs. Ce sont des critères professionnels qui, non seulement, ont prévalu mais ont été évoqués dans la presse. Idem lors des premières prestations d’Hadja Labib qui pilote, elle aussi à son tour, le JT quotidien de notre service public. Mais de noirs, direz-vous ? A part Pierre Miguisha, commentateur sportif à RTL-TVi, nous n’en avons pas.
Y aurait-il un vrai problème avec la négritude ? De tous les médias français à s’être interrogés sur l’événement Roselmack, David Abiker, chroniqueur d’Arrêt sur image (3), est sans doute celui qui a fait le plus fort en renvoyant à la sphère individuelle, le questionnement qui ne manquait pas d’être posé collectivement. Sur son blog (4) , il amorce le débat de façon volontairement provocante, mais très délicatement aussi. Débat, car plus qu’un article de presse ou d’une séquence audiovisuelle, il s’agit là d’un lieu ouvert à la discussion, opportunité dont les lecteurs se sont saisis pour dire ce qu’ils pensaient de « la mise en boîte d’Harry le magnifique ». Abiker raconte un rêve qu’il aurait fait lors duquel on l’aurait testé sur son degré d’ouverture à la négritude. Son constat est accablant, il l’avoue : pas un « noir » dans ses relations. Mais le constat n’est-il accablant que pour lui-même ? Telle est sa question : « La société fonctionne-t-elle autrement que par cloisonnement ? Je crois que c’est une histoire de milieu, d’étanchéité des classes sociales, d’indifférence, de ghettoïsation de la société française, d’imperméabilité, de trajectoires. Par exemple, je n’ai pas d’ami médecin. Je n’ai pas non plus d’ami charcutier. Je n’ai pas d’ami milliardaire. J’ai encore moins de collègue de travail noir. » Et Abiker de renvoyer la question aux lecteurs.
Certes, les intervenants, nombreux, réagissent avec beaucoup de sincérité. Mais plusieurs tout de même, pour se dédouaner en disant notamment que la question est mal posée et que c’est une erreur méthodologique de poser à l’échelle individuelle un problème de société. L’option d’Abiker, est plutôt de poser en préalable que les tendances de société trouvent leur origine, ou en tout cas leur dynamisme, dans les comportements individuels. Et que c’est là aussi, sans doute, que peuvent s’initier des mutations. Et donc, demande-t-il : « Etes-vous comme moi, sans relations noires dans votre entourage ? Et pourquoi ? » Partant de là, son constat est implacable : « A vrai dire, il y a de fortes chances, dans l’immédiat, que le seul noir que je fréquente régulièrement dans les semaines à venir soit ce Harry, ressortissant de TF1 natif de Canal + et né à la radio. » La suite des échanges publiés sur le blog mérite d’être visitée et parcourue avec attention, tant il apparaît qu’il y a tout de même un peu de vrai dans ce parallélisme qu’Abiker invite à faire entre société et individu. Chacun qui se prononce dit un peu de la société qu’il verrait bien se mettre en place !
En prenant en arrière fond l’apparition sur les ondes françaises du bel Harry, le journaliste d’Arrêt sur image, émission spécialisée dans la critique de la télévision, pose donc la question : « Cette option éditoriale de la chaîne va-t-elle induire de nouvelles représentations chez le téléspectateur ? La télé peut-elle donc faire changer les mentalités et partant, les comportements ? » On aurait compris d’ailleurs, qu’il ait saisi pour illustrer son propos l’occasion donnée par « l’affaire Zidane ». Zizou, l’idole d’une certaine jeunesse, a-t-il donné un coup de canif dans le contrat médiatique qu’il avait signé avec son jeune public ? Par son manque de self-contrôle, et par les explications fournies pour se justifier ensuite, s’est-il rendu coupable en proposant un comportement susceptible d’être copié par la suite, sans prise de distance critique ?
Sont-ce les modèles télévisuels qui induisent les comportements des téléspectateurs ? La présence d’un « noir », d’un « obèse» ou d’un « sidéen » sympathique dans les séries télévisées serait-elle déclencheur de mutations citoyennes ? On en viendrait à regretter le départ de N’guma de l’équipe de Julie Lescaut ou la fin du tandem Fogiel /Carlier !
A moins que ce ne soit le contraire qu’il faille lire dans le fait d’actualité « Harry Roselmac » ! C’est in fine la télévision qui devrait illustrer dans ses programmes, la multi-culturalité de fait que vit la société pour laquelle elle travaille. Tant qu’elle ne l’envisagerait pas, c’est elle qui serait en retard et en décalage avec son public.
« Sans doute y a-t-il un peu des deux » pourra-t-on conclure de façon faussement consensuelle. Une chose apparaît néanmoins : s’interroger sur le fait « Harry Roselmack » comme on l’a fait en France, c’est déjà soupçonner que celui-ci puisse être à l’origine d’un problème dont on essayerait de prendre la mesure. Eh quoi, Roselmack est noir ? Et alors ? Il est peut-être aussi le premier présentateur de JT. qui soit diabétique, végétarien convaincu ou porteur d’une prothèse de hanche. En quoi cela affecte-t-il la qualité de son travail. En aucune façon, sans doute. Alors laissons çà.
Par contre, on pourrait commenter plus longuement le fait qu’il y a quelques années déjà, le même directeur de chaîne Etienne Mougeotte, déjà porteur des intérêts de visibilité de sa station, ait cherché à engager notre présentateur pour sa rubrique… « météo ». Roselmack avait alors fort intelligemment, refusé ce poste qui ne répondait pas à ses qualifications. La chaîne n’était-elle pas prête à offrir plus et mieux au journaliste de l’époque ? Qui avait alors des problèmes avec la négritude ? Harry n’aurait-il pas pu refuser cette fois encore l’interim de PPDA et revendiquer un emploi de plein exercice ? Sans doute ne pouvait-il pas laisser passer sa chance… car à côté des qualifications, il est aussi question parfois -souvent même- d’opportunités à saisir. Mais gageons que le peu de temps dont il dispose lui permette de faire ses preuves et que le retour de vacances du titulaire ne lui soufflera pas la possibilité d’entrer, en toute légitimité, dans l’équipe des présentateurs attitrés. Sans quoi il apparaîtrait de façon magistrale que l’épisode actuel n’était qu’un ballon d’essai, dans une France qui n’est pas encore prête à s’assumer BBB.
1. BBB pour Black, blanc, beur… appellation choisie pour décrire la
composition de l’équipe de France qui
avait gagné la coupe du monde en 2002.
2. Culturel et non racial, puisque de « race humaine », il n’y en a qu’une !
3. ASI, émission de Daniel Schneidermann sur TV5 : http://www.france5.fr/asi/
4. http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=415
17 mai 2006
Les blogs peu reconnus par l’éducation et pourtant …
Voici un article de Jean-Paul Pinte, Université Catholique de Lille, chargé de l'innovation pédagogique et des ENT (espaces numériques de travail) , posté le 11 avril 2006.
Je le mettrai en parallèle avec cette double citation du "Café pédagogique" que voici :
"Mais
comment faciliter l'introduction des TICE dans les pratiques
pédagogiques ? "Il convient évidemment que tous les enseignants
connaissent les ressources numériques qu’ils peuvent utiliser dans leur
cours. Cette information est indispensable et en particulier en
direction des nouveaux professeurs. Aujourd'hui une simple clé USB d'un
coût modique peut contenir la quasi-totalité d'un cours multimédia. Il
me paraîtrait utile que dès la sortie des IUFM les futurs enseignants
en soient à l’avenir systématiquement dotés" demande le ministre… "
"A
travers l'Espace Numérique de Travail le professeur dispose de chez lui
d'un accès complet à l'ensemble des ressources partagées de la classe.
Il peut préparer chez lui l'exploitation des documents collectés par
ses élèves. Il peut aussi en classe, à l'aide d'un vidéo-projecteur,
faire très facilement de multiples allers-retours entre les notions
étudiées en cours et les observations de terrain. La mutualisation des
documents qui ont été collectés sur le terrain est accessible aux
élèves depuis leur domicile". C'est un des usages pédagogiques des
E.N.T. repérés par le ministère.
http://www.cafepedagogique.net/expresso/index170506.php
Ce qui me fait sourire, en conclusion, c'est l'a propos (chacun jugera) d'une récente circulaire administrative parue sous la plume de la ministre de l'Education en Belgique francophone, et qui signale qu'à la rentrée scolaire 2006-07, il ne sera plus question de réclamer des provisionnements pour frais scolaires et ce, pour assurer l'égalité des chances entre les enfants.
Dans la droite ligne de cette décision, il y a bien sûr, le fait de ne plus réclamer de minerval englobant notamment des frais de photocopies... les manuels scolaires fournis par l'école allant répondre aux nécessités de terrain. (Extrait de la CM 1461 : Les budgets spécifiques consacrés par la Communauté française aux activités de sensibilisation des élèves à la culture (Culture-Ecole) ou à l’achat par les établissements scolaires de manuels et de logiciels scolaires dans le cadre du Contrat pour l’Ecole permettront également un renforcement progressif de la gratuité effective. Ainsi, pour ce dernier point, dès 2006, 2 millions d’euros seront annuellement consacrés à cet effet et versés aux établissements scolaires en compléments de leurs subventions de fonctionnement traditionnelles. Ce budget particulier sera d’ailleurs majoré annuellement pour atteindre plus de 2,75 millions d’euros en 2010 et 3,55 millions d’euros en 2013.)
Les ENT seraient pourtant une autre manière de pallier aux manques criants d'outils pédagogiques performants.
15 mai 2006
Vous livrerez-vous « en blog », sur le net ?
Je ne sais si, comme moi, vous êtes étonné de l'apparition de ce phénomène des Eportfolios.
Bien sûr, le portfolio est, dans le monde de l'éducation, un classique établi de longue date déjà. En soi, le portfolio permet à son auteur de faire état de sa recherche et de son questionnement, par le cumul ordonné de ses travaux et de ses rapports de recherche, enrichi du relevé de ses expériences significatives de terrain… Le présentoir de documents, constitué de toute pièce jugée opportune, fournit de la sorte une vitrine du processus de formation, du chemin de progression et de l’état –toujours provisoire- de la recherche. Il diffère cependant du curriculum vitae en ce sens que le CV est orienté vers la sollicitation d’un emploi, alors que le portfolio, comme le press book d’un artiste ou d’un illustrateur, est plutôt le faire-valoir de la candidature… et surtout du candidat. Les portfolios de la première génération étaient en version papier.
Leur version en ligne n'est pas si ancienne que cela. Ce sont les plans d'équipement informatique des écoles et la démocratisation des tarifs de vente au grand public qui, en permettant aux étudiants d'avoir accès à une infrastructure auparavant encore réservée à un milieu aisé, ont développé le passage à la numérisation. La mise en ligne, elle toutefois, c’est encore une autre affaire ! Plus récente, voire en phase d’émergence. Deux développements technologiques ont amené la situation actuelle : la mise en réseau et le développement grand public des interfaces "blog".
La mise en réseau, d’abord, a permis l'édition de pages personnelles
qui furent une première version des portfolios, rendant ainsi leur
diffusion plus aisée. Mais la publication elle-même restait cependant,
l'oeuvre de spécialistes. L’html requiert en effet une formation à
laquelle tous n’ont pas accès. L’hébergement sur un serveur distant est
une opération supplémentaire bien plus étrangère encore à la
préoccupation de beaucoup de chercheurs et d’étudiants.
Mais
l’apparition des interfaces simplifiées d’édition en ligne, les blogs,
a chamboulé le paysage et, par le fait même, les pratiques
d’édition. En effet, en recourant aux interfaces des « carnets en
ligne », la blogosphère, beaucoup ont découvert la facilité technique
de mettre en ligne une contribution -si pas journalière, du moins
régulière- sur l’avancement de leurs travaux ou sur l’état de réflexion
suscité par leurs recherches en cours.
Ce qui étonne toutefois le
plus, ce n’est pas le recours à la technologie, puisque son évolution
s’est faite vers une simplification des processus, mais bien plutôt le
geste même de la mise en réseau quotidienne de son état de pensée. On
assiste à l’émergence d’un réseautage de la pensée qui autorise les
connexions de tous à tous, à tout moment de la réflexion. On l’appelle
« connectivisme (1) ».
Certes, le « partage à flux tendu » n’est peut-être pas si dense en informations abouties qu’une publication d’article ou de thèse… laquelle survient au terme d’un long travail de formalisation. Mais c’est le partage du questionnement qui semble bien l’emporter dans cette démarche de publication carnetière, un partage permanent de l’énonciation progressive et provisoire d’une hypothèse à construire et l’inventaire quotidien -ou presque- des lectures faites, notamment sur les blogs des autres chercheurs mutuellistes, qui permettent d’envisager des pistes de résolution.
Cette manière de penser collectivement se fait dans l’application concrète de ce principe qui voudrait que « plus on échange et plus on ira vite et loin dans les énonciations d’hypothèse et dans leur résolution ». Et que cela se fasse gratuitement, sans souci premier de propriété intellectuelle, est sans doute le changement de paradigme que certains adoptent sans plus trop regarder derrière eux, convaincus qu’ils sont que l’avenir appartient à ceux qui pensent les projets de façon dynamique et mutuellisée, plus qu’à ceux qui les ressassent longuement avant d’en faire profiter la communauté internationale, à coup de publications abouties… et facturées.
Quel rapport, direz-vous peut-être, avec l’Education aux médias ? L’observation critique que nous pouvons maintenant tenter de faire d’une émergence liée à un apport technologique, celle d’un nouvel individu : « l’homme, réseau pensant ».
(1)Lire : Lire : Georges SIEMENS : http://www.elearnspace.org/Articles/connectivism.htm

