19 mai 2009
Apprendre à l’ère du numérique
Conférence
du LMS à l’environnement d’apprentissage
Florence Meichel (Apprendre 2.0) lors du séminaire ACCU (LLN)
Par Michel Berhin, chargé de mission à Média Animation ASBL
Intervenant comme expert invitée en ouverture de la quatrième journée annuelle des utilisateurs de Claroline , Florence Meichel a planté le décor d’un contexte pédagogique en pleine évolution. Reprenant les mots de Steve Wheeler dans sa conclusion, elle aura développé un point de vue tranché : les systèmes de gestion d’e-learning sont dépassés. Trop orientés contrôle et compétition, ils doivent céder la place à des espaces où l’on crée de la valeur ajoutée autour des apprentissages.

L’inauguration de la quatrième conférence annuelle des utilisateurs de
Claroline avait lieu ce lundi 18 mai à Louvain-La-Neuve. En ouverture
de séance, Marcel Lebrun et Philippe Mercenier, respectivement
président et secrétaire général du consortium Claroline, balisaient les
journées de travail visant à coordonner le développement d’une
Claroline résolument toujours plus 2.0. Ils cédaient ensuite la parole
à l’initiatrice du réseau social Apprendre 2.0, une plate-forme
d’échanges en ligne propulsée sous Ning et qui cristallise une nouvelle
forme de communauté apprenante en action. Son intervention viendra à
point nommé pour soutenir l’orientation des travaux de l’ACCU : si l’on
veut être résolument centré sur l’utilisateur, les nouvelles
technologies doivent muter pour garantir un ajustement continu et
coopératif aux besoins et usages sans cesse en évolution.
Citant Michel Serres , Florence Meichel ouvre son intervention par un
défi : « si les technologies nous libèrent du devoir de mémoire, elles
nous obligent à l’intelligence ». Apprendre est aujourd’hui plus que
jamais un processus d’émancipation individuel et collectif. A l’heure
des réseaux sociaux, nous apprenons à nous construire de notre couplage
à l’environnement et aux individus. En actes, il nous est possible de
faire émerger le sens de ce que nous vivons et construisons. Il faut
donner toute sa place aux compétences connectives et enactives.
L’intervenante développera ensuite une série de caractéristiques des
environnements d’apprentissages efficients : système open source de
sorte à permettre un ajustement continu et coopératif, architecture
décentralisée pour fluidifier le système lors de la montée en charge
d’utilisateurs toujours plus nombreux, gestion de la relience par le
recours notamment aux outils cross plate-forme (ex : open ID) et au web
sémantique, mettant en place des espaces facilitant le partage et la
collaboration, synchrone et asynchrone… des espaces d’apprentissages en
action faisant la part belle aussi à l’apprentissage entre pairs. Des
propos dans la droite ligne de ses interventions quotidiennes en ligne
sur Apprendre 2.0 .
Mais c’est finalement le changement paragdigmatique de l’acte d’enseigner qui l’emportera dans cette conférence où les éléments technologiques, pour importants qu’ils soient, ne sont jamais que les instruments d’une pédagogie qui se cherche en se centrant sur l’utilisateur. Et c’est sans aucun doute le fil rouge méthodologique de tous ces chercheurs du réseau Apprendre 2.0 : prendre en compte l’échelle du collectif, cartographier les compétences, mettre en relience et en sens tout ce que l’on fait, de sorte à mettre de l’ordre dans le désordre. L’enseignement classique n’a plus beaucoup sa place quand on envisage plutôt un accompagnement bienveillant pour des méta-compétences : apprendre à apprendre, apprendre ensemble, éveiller le sens critique et la prise de distance par rapport au processus en train de se vivre, la co-évaluation, la capacité de se voir à la fois dans le système et hors du système. Des compétences adaptatives aux personnes, aux outils et aux processus. Et Florence Meichel de conclure sur l’émergence aujourd’hui d’une « Apprenance ambiante » en invitant, non seulement à s’y préparer, mais à y travailler en assumant le poids d’un paradoxe méthodologique : « Puisque tout va de plus en vite, il faut apprendre à s’inscrire dans la vitesse de cette évolution, tout en prenant le temps du recul ! » Une invitation paradoxale que les développeurs de Claroline auront reçu avec empathie, à l’heure de concevoir les grandes orientations de la mutation de leur plate-forme fétiche.
25 août 2008
Derniers textes publiés
Dans la foulée du post précédent, une prise de position perso, sur le sujet : http://www.media-animation.be/APPRENDRE-2.html
A propos de la poussée médiatique que connaît "Facebook" :
http://www.media-animation.be/To-be-or-not-to-be-on-Facebook.html
Concernant la problématique du respect de la vie privée et de l'identité numérique, un retour sur le sujet déjà abordé précédemment :
http://michelberhin.wiki.zoho.com/identit%C3%A9-num%C3%A9rique-et-respect-de-la-vie-priv%C3%A9e.html
13 juin 2008
Appartenance avouée
28 mai 2008
Internet, c'est vous" - Ouvrage collectif"
Autre production récente aujourd'hui parue dans laquelle plusieurs articles sont sortis de ma plume :
Internet c’est vous
Les nouvelles pratiques de l’Internet social
Le 4ème numéro de la Collection "Les dossiers de l’éducation aux médias" vient de paraitre. Un dossier en deux parties pour comprendre les bouleversements à l’œuvre sur la Toile : apparition du Web 2, des blogs, des sites Wikipedia, Myspace, YouTube, ...
En quelques années, les modes de communication ont été bouleversés par des technologies nouvelles. L’ordinateur domestique devint le centre multimédia indispensable de l’homme de l’ère des médias et de la communication, tandis qu’Internet suscita les fantasmes futuristes les plus délirants ou les craintes les plus excessives. Une décennie plus tard, le concept du Web 2.0 —largement relayé par des entreprises désireuses de charmer des investisseurs échaudés par l’effondrement boursier de 2000— et de nouveaux mots apparaissent : blog, Wikipédia, Meetic, Myspace, YouTube… Le second âge de la Toile envahit médias, conversations et préoccupations. Ce n’est pas tant les nouvelles technologies, en réalité pas si neuves que ça, que les agissements des internautes qui passionnent. Les utilisateurs eux-mêmes sont devenus les acteurs de premier plan du Web. Ce sont eux qui font l’actualité, devant et derrière l’écran. Nous quittons l’ère de l’interaction bidirectionnelle pour entrer dans celle de la collaboration et de l’intelligence collective.
Au Sommaire de ce numéro :
Première partie : Web 2.0 l’auberge numérique Un voyage à travers les nouvelles plateformes sociales d’Internet pour en saisir les diverses formes et dynamiques, ainsi que les enjeux sociaux et économiques qui les animent.
Deuxième partie : Je blogue donc je suis Une analyse du phénomène des blogs, ces chroniques personnelles placées sur le Net où l’intimité affonte le mass média.
94 pages en couleurs, format A4
Prix : 12 € + 2 € de frais de port = 14 € (16 € pour l’Europe)
"Objectif Blog" - Ouvrage collectif
J'ai eu beaucoup de plaisir à collaborer à l'écriture d'un article aujourd'hui publié chez L'Harmattan.
Julie Matagne, Anne-Claire Orban de Xivry et moi-même, trois plumes pour mettre à plat notre approche des blogs dans le domaine pédagogique, dans un ouvrage approchant divers aspects de la blogosphère.
« Objectif blogs. Exploration dynamique de la blogosphère », Annabelle Klein (dir.), éditions l’Harmattan, Coll. Communication Et Civilisation Paris, 2007, 250 pages, prix 24 €, ISBN 978-2-296-04670-2
Abstract :
En regard de la typologie (NDLR : établie collectivement en début d'ouvrage) , nous avons rapidement pris conscience que les pratiques pédagogiques de blogging investissent les quatre zones définies. Ce qui, dans un premier temps, nous fait postuler que l’outil blog peut être utilisé pédagogiquement selon les quatre projets présentés par notre modèle : mode de la correspondance, du témoignage, de l’information et de l’interpellation. En effet, les variables d’implication et d’interaction, comme dimensions classificatoires des pratiques de blogging, trouvent leur place à des degrés divers dans la tâche d’enseigner. Il apparaît même que les blogs pédagogiques identifiés pour notre analyse y font écho selon les quatre dimensions de la typologie par projets.
Détournés donc de leurs usages grand public, les blogs commencent modestement à trouver place dans la pratique de certains enseignants. Face à cette réappropriation de l’outil, nous proposons d’observer et de comprendre les usages que les acteurs de l’éducation font de cette nouvelle technologie de communication. Comment un professeur ou un élève construit son blog ? De quoi traite-il et quels sont ses objectifs ? Quels différents usages chaque zone typologique permet-elle pour un usage pédagogique du blog ? Quels apports méthodologiques constituent-ils pour la didactique ? Quelles pratiques innovantes les pionniers du blogging éducatif mettent-ils en place ?
Par nécessité de délimiter le champ d’observation, nous avons étudié les blogs pédagogiques définis comme étant « une pratique et/ou une diffusion de contenu aidant au processus d’apprentissage ou résultant de celui-ci, dans le monde de l’enseignement ». Nous traiterons ainsi des blogs inscrits dans des situations d’apprentissage en milieux scolaires. Sans écarter le blogging d’acteurs de l’enseignement qui se déclinerait hors du cadre et du temps scolaires, nous renoncerons à observer des blogs qui, tout en présentant des contenus ou démarches à valeurs éducatives, ne sont pas la mise en œuvre ou le résultat de scénarios pédagogiques avérés. Ainsi, une distinction nette est posée entre pédagogique et éducatif, sans quoi, tout blog édifiant qui entrerait dans le champ d’observation mettrait à mal l’analyse.
14 juin 2006
Pensée collective & "Réseau pensant"
Un édito et 3 articles parus dans un périodique de formation
Edito
Au moment de choisir
le thème pour le cahier des médias de notre revue "Zoom, regards de
formation", mon attention avait été attirée par l’émergence d’une
pratique en ligne, laquelle commence à bien s’installer: le Eportfolio,
lui-même connecté à un autre sujet débattu sur la toile : l’identité
numérique. Qui êtes-vous sur le Net ? Que dit-on de vous ? Et surtout :
que dites-vous de vous-mêmes. Histoire de ne pas laisser aux autres,
parfois maladroits, parfois malintentionnés, le droit de vous déformer
le portrait. Aborder ces questions amène à traiter inévitablement de la
nébuleuse que l’on nomme « Web 2.0 » : une vision d’Internet qui
insiste à travers la mise en place de nouveaux outils périphériques, à
la constitution d’un vaste réseau social. Equipé d’applications
logicielles client de plus en plus nombreuses, l’internaute, véritable
réseau pensant, serait invité à l’avenir, à pratiquer une connectivité
à haute valeur ajoutée. Pratique visionnaire de pionniers ingénieux ou
piège grossier tendu par les multinationales ? Certains pensent en
effet qu’après avoir vendu des logiciels, les entreprises
d’informatique commercialisent aujourd’hui des services dont la plus
value vient des utilisateurs eux-mêmes. Pigeon l’internaute ? Affaire à
suivre, donc. Pour notre part, nous formulerons un pari : la
connectivité a des chances de s’imposer favorablement, malgré le
contexte marchand dans lequel elle se développe. Car, comme dans
l’expérience du « logiciel libre », la collaboration inventive des
passionnés sera sans doute plus productive à long terme, que tous les
systèmes planifiés par l’économie de marché, pourvu que s’éveille en
contre-partie un esprit critique de bon aloi. Hypothèse à vérifier.
Choix de société aussi !
Vous livrerez-vous « tout de go »
« en blog », sur le net ?
Je ne sais si, comme moi, vous êtes étonnés de l'apparition de ce phénomène des Eportfolios.
Bien
sûr, le portfolio est, dans le monde de l'éducation, un classique
établi de longue date. En soi, le portfolio permet à son auteur de
faire état de sa recherche et de son questionnement, par le cumul
ordonné de ses travaux et de ses rapports de recherche, enrichi du
relevé de ses expériences significatives de terrain… Le présentoir de
documents, constitué de toutes pièces jugées opportunes, fournit de la
sorte une vitrine. Processus de formation et état –toujours
provisoire- du processus de la recherche s’y trouvent décrits pour la
satisfaction du lecteur. Le portfolio diffère cependant du curriculum
vitae en ce sens que le CV est orienté vers la sollicitation d’un
emploi, alors que le portfolio, comme le press book d’un artiste ou
d’un publicitaire, est plutôt le faire-valoir de la candidature… et
surtout du candidat. Les portfolios de la première génération étaient
en version papier.
Blog-folios
Leur version
en ligne n'est pas si ancienne que cela. Ce sont les plans d'équipement
informatique des écoles et la démocratisation des tarifs de vente au
grand public qui, en permettant aux étudiants d'avoir accès à une
infrastructure auparavant encore réservée à un milieu aisé, ont
développé le passage à la numérisation. La mise en ligne, elle
toutefois, c’est encore une autre affaire ! Plus récente, voire en
phase d’émergence. Deux développements technologiques ont amené la
situation actuelle : la mise en réseau et le développement grand public
des interfaces "blog".
La mise en réseau, d’abord, a permis
l'édition de pages personnelles qui furent une première version des
portfolios, rendant ainsi leur diffusion plus aisée. Mais la
publication elle-même restait cependant, l'oeuvre de spécialistes.
L’html requiert en effet une formation à laquelle tous n’ont pas encore
eu accès. L’hébergement sur un serveur distant est une opération
supplémentaire, bien plus étrangère encore, à la préoccupation de
beaucoup de chercheurs et d’étudiants.
Mais l’apparition des
interfaces simplifiées d’édition en ligne, les blogs, a chamboulé le
paysage et, par le fait même, les pratiques d’édition. En effet,
en recourant aux interfaces des « carnets en ligne », la blogosphère,
beaucoup ont découvert la facilité technique de mettre sur le réseau
une contribution -si pas journalière, du moins régulière- sur
l’avancement de leurs travaux ou sur l’état de réflexion suscité par
leurs recherches en cours.
Ce qui étonne toutefois le plus, ce n’est
pas le recours à la technologie, puisque son évolution s’est faite vers
une simplification des processus, mais bien plutôt le geste même de la
mise en réseau quotidienne de son état de pensée. On assiste à
l’émergence d’un réseautage de la pensée qui autorise les connexions de
tous à tous, à tout moment de la réflexion. On l’appelle «
connectivisme ».
Je pense donc je suis… en ligne
Certes,
le « partage à flux tendu » n’est peut-être pas si dense en
informations abouties qu’une publication d’article ou de thèse…
laquelle surviendra seulement au terme d’un long travail de
formalisation. Mais c’est le partage du questionnement qui semble bien
l’emporter dans cette démarche de publication « carnetière ». Un
partage permanent de l’énonciation progressive et provisoire d’une
hypothèse à construire et l’inventaire quotidien -ou presque- des
lectures faites, notamment sur les blogs des autres chercheurs
mutuellistes, qui permettent d’envisager des pistes de résolution.
Cette
manière de penser collectivement se fait dans l’application concrète de
ce principe qui voudrait que « plus on échange et plus on ira vite et
loin dans les énonciations d’hypothèses et dans leur résolution ». Et
que cela se fasse gratuitement, sans souci premier de propriété
intellectuelle, est sans doute le changement de paradigme que certains
adoptent sans plus trop regarder derrière eux, convaincus qu’ils sont
que l’avenir appartient à ceux qui pensent les projets de façon
dynamique et mutuellisée, plus qu’à ceux qui les ressassent longuement
avant d’en faire profiter la communauté internationale, à coup de
publications abouties… et facturées.
Quel rapport, direz-vous
peut-être, avec l’Education aux médias ? L’observation critique que
nous pouvons maintenant tenter de faire d’une émergence liée à un
apport technologique, celle d’un nouvel individu : « l’homme, réseau
pensant ».
Travaillez
Votre identité numérique
Edublogueuse,
praticienne régulière de l’eportfolio, Margarita Pérez-Garcia publie un
condensé des parutions en ligne sur le thème de l’identité numérique .
Elle évoque d’emblée l’intervention de Christophe Deschamps,
chroniqueur au ZDNet, intitulée : « L’indispensable gestion de la
réputation numérique ».
« Dans la
situation actuelle, chaque personne a une représentation numérique au
travers de données dispersées dans des centaines de bases de données
auxquelles elle n’a pas accès ; on pourrait parler d’identité numérique
éclatée, non maîtrisée par la personne. Beaucoup d’entre nous n’ont pas
encore pris conscience de la réalité de cette identité numérique
éclatée et de la nécessité de prendre en main cette représentation. »
Il
est toujours possible de rectifier le contenu de pages web ou de blog
au caractère suranné, si nous en sommes les webmesters. Mais nous
resterons victimes bien involontaires de tous ces commentaires que nous
avons pu un jour poster, sur des blogs, des forums ou au creux de
débats virtuels… et qui demeurent toujours accessibles par les moteurs
et annuaires. Et ce qui doit alors arriver, arrive.
Tu vas te faire « googeler »
Que
ce soit au moment de la recherche d’un emploi ou lors du démarrage
d’une nouvelle relation, votre vis-à-vis a la curiosité d’écrire votre
nom dans un moteur de recherche. Et zou… Partant de ce scénario
de plus en plus prévisible, beaucoup imaginent aujourd’hui qu’il faut
travailler sa réputation numérique. Une carte d’identité ou un profil
d’internaute tels que vous en rédigez au moment d’une inscription à un
service en ligne ne suffisent pas. Par contre, la somme de vos
interventions lapidaires, éclatées au travers du web, constitue un
tableau trop aléatoire. Il vous reste alors à prendre les devants. En
ce sens, l’eportfolio est un premier élément de visibilité que vous
pouvez patiemment construire. Que voulez-vous que l’on sache de vous ?
Certains répondent à la question par la rédaction d’un CV, toujours à
réactualiser. D’autres choisissent de réfléchir en ligne de façon
permanente. Il y vont « tout de go » comme Mario et tout ceux qui se
revendiquent aujourd’hui de cette nébuleuse de la transparence. Plus
que l’identité, c’est alors votre façon de penser, vos chantiers en
cours, vos questionnements et vos contributions délivrées parfois au
jour le jour, qui témoigneront de votre personnalité, de votre sens de
la collaboration, de l’interactivité et de l’intérêt, pour certains,
d’envisager de travailler avec vous.
L’usage d’outils
spécifiques de liaison des contenus, les uns avec les autres, les fils
RSS notamment, va permettre l’identification d’un maillage tissé autour
de votre espace numérique personnel. Ainsi, les » édublogueurs »
se définissent-ils comme « utilisateurs des blogs à des fins
pédagogiques. Leur identification et leur rassemblement se sont faits
par la mise en ligne d’une « carte virtuelle thématique de type
Frappr », créée à l’initiative de l’un d’entre eux. Le fait que
vous soyez édublogueur n’est, en soi, pas très intéressant. Votre
profil inséré dans une communauté d’usage qui partage publiquement sa
pratique, révélant dès lors toute sa richesse mais aussi toutes ses
difficultés… voilà qui est bien plus porteur. Et la plus value qui fait
de cette carte virtuelle un espace numérique particulièrement
valorisable sur le réseau… c’est votre contribution gratuite au débat.
Quel bonus pour l’hébergeur ! Voilà jetées les bases du Web 2.0 dont
nous pouvons maintenant parler.
Web 2.0,
Le réseau social
Prenez
pour principe que votre ordi, ou tout autre que vous utiliserez
fortuitement, est le terminal d’un système d’exploitation partagé : le
web lui-même. Utilisez des applications en ligne, partagées elles-aussi
donc, pour produire, individuellement mais surtout
collectivement, du contenu mis à la disposition de tous… et vous
deviendrez du même coup acteur du web 2.0.
C’est une autre
philosophie qui tente de se mettre en place, dès que l’on entre dans
cette logique. Le fil rouge est bien celui de la syndication, du
partage, de la réutilisabilité des infos, du travail, des découvertes.
Pourquoi garder pour soi des choses qui peuvent être utiles à d’autres
? Pourquoi refaire ce qui a été fait –et bien fait- par d’autres.
Pourquoi s’asseoir sur sa seule expérience et le rythme tout relatif de
son énergie personnelle, alors que le partage démultiplie les effets
des efforts mutuallisés.
Si j’ai trouvé de bonnes informations,
je peux distribuer la liste des signets qui les répertorie
(Del.icio.us). Si j’ai fait des photos dont je parie que l’utilisation
serait opportunes par d’autres utilisateurs, je peux les mutualliser
sur un site de stockage en ligne (Flickr). S’il s’agit de vidéo, le
concept de partage existe aussi (Youtube). Si je veux profiter de la
vague qui fait qu’inséré dans un réseau de connaissances, les amis de
mes amis seront peut-être aussi mes partenaires de demain, je peux
déposer un profil en ligne (MySpace, 6nergie) et si mes réflexions
postées en ligne sont des collaborations judicieuses à une réflexion
globale sur telle ou telle thématique, je peux référencer mes textes
par l’intermédiaire d’une banque de données de mots-clés ou tags
(Technorati). L’idée générale qui alimente cette profusion de
générosité repose sur l’idée que votre identité virtuelle est désormais
une réalité concrète à établir, celle-ci pouvant se matérialiser par
une fiche en ligne, véritable portfolio de votre production en ligne
(Netvibes).
Si tous les contenus en ligne sont ainsi
contributifs d’un vaste ensemble de savoirs offerts, c’est parce que
les outils pour les concevoir et les lieux pour les stocker se sont
déplacés de votre machine résidante pour s’installer en ligne, sur le
net, lequel a pris la place de votre système d’exploitation. Ainsi,
pour des applications aussi basiques qu’un traitement de texte, on vous
suggère aujourd’hui, non plus l’usage local et payant d’une suite
bureautique classique, mais bien l’enregistrement sur votre machine de
fichiers produits préalablement via une application bureautique en
ligne (Ajaxwrite). Si vous dites que ceci n’a que peu de chance de se
mettre en place, réfléchissez à l’envol du phénomène des blogs. Il est
une illustration manifeste de cette tendance en ce qui concerne la
création de site. La démarche est bien celle décrite : l’application
logicielle n’est plus sur votre machine, c’est l’interface blog en
ligne. L’hébergement n’est pas résidant, votre site est distant (vous
n’avez même pas de copie original à demeure… c’est bien là le risque)
et vous êtes producteur du contenu, mais vous pouvez (et cela se fait
de plus en plus) utiliser des outils collaboratifs qui autorisent la
publication multi-auteurs (Wiki). Enfin, grande nouveauté dans cet
univers régi par la syndication : vous n’allez pas produire une seconde
fois ce que d’autres ont déjà réalisé. Le leitmotiv qui rythmera toute
votre production sera la réutabilité de contenu (Retro et Permalien).
Restera à vos lecteurs de s’équiper d’agrégateurs et autres Ajax
applications pour compiler, mutualliser et démultiplier la richesse de
contenu en cours d’élaboration.
Et du côté de la formation ?
On
peut imaginer que le monde des OJ adopte aussi un peu cette vision
sociale du web. Pour fédérer des unités de contenus de formation mis en
ligne sous la forme de blogs ou de wiki, par exemple. Ou des
témoignages et expériences de terrain, elles aussi très instructives et
formatrices, si on les croise entre elles. En utilisant le
référencement par mots-clés (tags) bien choisis, pour relier les lieux
d’internet où l’on débat avec compétence et passion, des problématiques
spécifiques au monde de l’animation, de l’éducation et de la formation.
Alimenter l’idée, en quelque sorte, que ce n’est plus uniquement sur un
site propre que se structurerait la présence en ligne d’une
préoccupation : les OJ et leur mode de fonctionnement. Militer plutôt à
la construction interactive d’une nébuleuse globale (nous l’appelions «
nébuleuse de la transparence dans notre édito), composée des multiples
interventions disséminées sur le net, mais syndiquées pour permettre la
constitution d’un fil de discussion vraiment enrichissant.
Lexique du Web 2.0
Agrégateur :
logiciel permettant l'agrégation de plusieurs sources de contenus
internet au travers d’une seule application. Le suivi du contenu
(syndiqué ou proposé au partage) est réalisé quasi en temps réel.
Folksonomie
: néologisme désignant un système de classification collaborative
décentralisée spontanée. Pour une ressource donnée (un mot-clé, une
thématique…) sa classification est l'union des classifications de cette
ressource par différents contributeurs.
RSS :
Really Simple Syndication ou Rich Site Summary — famille de protocoles
de syndication de contenu sur Internet, utilisant la technologie XML,
utilisés principalement par les sites Web d'actualités, les weblogs et
les podcasts
Rétrolien : système de liens
inter-blogues semi-automatisé. Il permet aux auteurs de relier des
billets de blogues différents et parlant d’un même sujet.
Permalien
: type d'URL conçu pour référer un élément d'information reposant sur
un système de gestion de contenu utilisant une base de données.
Applications (logiciels sociaux)
AJAX
: ou Asynchronous JavaScript And XML est un acronyme désignant le
développement d'applications Web faisant l'utilisation conjointe de
technologies telles que html, xhtml, CSS, DOM, Javascript, XML. Le
chargement de la première page d’un site ainsi construit peut être
pénalisé si la bibliothèque AJAX est volumineuse. Mais pour la suite,
utilisant les feuilles de style (CSS) et le langage Javascript, côté
client, les applications de type Ajax sont plus réactives, elles
récupèrent uniquement les données nécessaires à la mise à jour, la
quantité de données échangées entre le navigateur et le serveur HTTP
est donc fortement réduite et le temps de traitement de la requête,
côté serveur, est également légèrement réduit, une partie du traitement
étant réalisé sur l'ordinateur d'où provient la requête.
AjaxWrite
: éditeur de texte gratuit en ligne utilisant une interface très
simple, à l'image du Wordpad. Il permet de créer rapidement du texte et
de l'enregistrer sous différents formats (.doc, .pdf, .rtf, .odt, txt)
sur la machine où vous vous trouvez.
Del.icio.us :
plate-forme en ligne de mutuellisation de signets ou favoris. Les
utilisateurs répertorient pour leur usage propre et mettent en partage
les liens qu’ils affectionnent particulièrement. Ceux-ci peuvent être
mis en rapport avec des mots-clés, de sorte à lier les signets d’un
utilisateur à ceux d’un autre, au profit d’un troisième, lui aussi
intéressé par la thématique.
Frappr : site
utilisant la technologie de Google Maps pour permettre à des
communautés de localiser leurs membres sur une carte et d’entamer des
débatsq sur la thématique qui les rassemble.
Flickr
: services de stockage de photos numériques. Par défaut, les photos
mises en ligne sont publiques, l’utilisateur peut indexer celles-ci par
des mots-clés (tags). Un ensemble de fonctions sociales permettent aux
utilisateurs de se découvrir, se retrouver, d’échanger, de se regrouper
en communautés, etc.
MySpace : réseau social US. «
où les Américains font avant tout du networking social un outil
stratégique. Les Européens en font un lieu de sociabilité, dénué
d'arrière-pensées commerciales ou de finalité utilitaire. On fait des
connaissances, on s'entraide, on vient chercher une ambiance ou un bain
identitaire. » selon Libération (14/12/05)
Netvibes
: plate-forme offrant à ses utilisateurs une page d'accueil
personnalisable, se décomposant en modules, représentés graphiquement
par des rectangles. Grâce à l'utilisation d'AJAX, l'utilisateur peut
très simplement réorganiser sa page en déplaçant, supprimant ou
ajoutant des modules.
6nergie : réseau social en
ligne permettant aux utilisateurs de se rendre visible sur Internet,
de recruter ou de se faire recruter, de trouver des débouchés
commerciaux, des clients, d’avoir des avis d’experts et de renouer avec
des connaissances perdues de vue...
Technorati :
outil d'analyse et de recherche de blogs. Il sert également de "moteur
de popularité". Technocrati suit près de 5 millions de blogs, soit
environ 11% de la blogosphère.
Wiki : Développé et
adopté à l'origine par des communautés de développeurs de logiciels,
surfant sur le mouvement "open source", le Wiki est un site Web
dynamique, collaboratif et communautaire, dont tout visiteur peut
modifier les pages à volonté.
Docuwiki : plateforme
wiki en PHP, ne nécessitant pas de base de données : les pages sont
enregistrées sous la forme de fichiers plats. Très simple d'emploi,
sans fioriture, il convient parfaitement à la réalisation de
documentation collective. En mode édition, des boutons très pratiques
permettent de formater le texte (titres, gras, etc).
Wikipedia
: encyclopédie libre, gratuite, universelle et multilingue, écrite
collaborativement sur Internet, dans le respect de la neutralité de
point de vue.
YouTube : plate-forme de partage de fichiers vidéo, lesquels seront ensuite téléchargeables en streaming par l’internaute
12 juin 2006
Colloque virtuel de l'Intif
Quand s'est cloturé le colloque virtuel de l'Intif, un document de synthèse a été communiqué aux participants et une version de celui-ci a été mise en ligne. Mais depuis lors, la page a été retirée, l'institution ayant fait du nettoyage sur son serveur.
Heureusement, Martine JAUDEAU coordinatrice de l'événement, a trouvé bon de le tenir à disposition sur le serveur de Thot. On peut donc le télécharger en cliquant ici
05 janvier 2006
Quand profs et élèves bloguent... quelle classe !/?
3
janvier 2006 : ça y est ! La blogosphère doublerait maintenant tous les
5 mois. C’est du moins ce que prétend l’agence-conseil française Heaven
citée dans un article du journal Le Monde de ce jour. La carnetosphère,
comme on l’appelle aussi, exploserait… les bloggeurs s’exprimeraient
désormais en masse sur le net. Une véritable révolution, dit-on. De là
à citer le légendaire Gutenberg et le tournant que représente son
passage dans le monde de la communication et de la diffusion, … le pas
est franchi allègrement.
Ainsi donc, nous serions à la veille d’un changement planétaire des pratiques de la communication. L’apparition des blogs devrait révolutionner les rapports humains. Oui, sans doute… mais où placer les limites de ce que certains qualifient déjà de « mutation » ? Qu’on ne s’y trompe pas ! À observer un peu fidèlement le phénomène, on s’apercevra que celui-ci a des limites… les pratiques bloggiennes se cherchent encore. Distinguons selon les tranches d’âges des internautes. Évoquons d’abord les ados, dont on nous dit qu’ils sont les pionniers d’une nouvelle génération « eux qui entre 15 et 20 ans peuvent pour la première fois échanger avec leurs pairs — chercher ou propager de l'information, tisser des relations sociales — sans que leurs aînés aient la moindre connaissance de ce qu'ils font. (1) ».
Tof ta tronche
Les plates-formes où ils se défoncent présentent une étonnante homogénéité : des photos, des photos et encore des photos. C’est un fait avéré, la nouvelle génération des GSM à capteurs d’image balise le terrain et les pratiques carnetières des teenagers. Avec son lot bien conséquent de dérapages : non seulement le déficit de qualité technique, mais aussi le mauvais goût et enfin les manquements au plus élémentaire des droits : le droit à l’image. Combien de portraits figurent sur ces blogs, et pour lesquels il n’a pas été demandé d’autorisation de publication. En plus de cette première tendance, on assiste à une déferlante de copié/collé. Qu’il s’agisse de textes de chansons, de clip’art ou d’images mangas glanées sur le web. On est bien servi ! Il en pleut à chaque page, de quoi remplir rivières et océans ! À nouveau, la législation aurait tout lieu de se sentir malmenée : le droit d’auteur est piétiné sans aucun remord. Et il y en a même qui ajoutent un fond musical : le fichier mp3 de leur air favori inscrit au hit-parade du moment… téléchargé dans son intégralité, bien sûr ! Seul dédouanement parfois –signe d’une certaine prise de conscience… des torts et non des risques encourus- : un message lapidaire du genre : « Si vous constatez sur ce site la présence de documents dont vous seriez détenteur de droit, merci de nous le faire savoir, nous retirerons immédiatement le document incriminé ». Mieux que rien, diront certains. Légalement insuffisant !
On tèm, tu ç
La ligne éditoriale de ces carnets ado en ligne est bien celle des cahiers intimes ou des carnets de poésie d’antan. Là où l’amie, l’ami se manifestait par un joli dessin, c’est la photo de celui-ci qui s’affiche, participant volontairement ou non à une communauté de sympathie. Et quand l’auteur est plus prolixe, le récit partagé s’inspire de ce que les journaux intimes gardaient jalousement. On notera cependant l’inversion complète du concept : là où la confidentialité était la règle absolue, c’est maintenant d’une exhibition totale –et parfois encore inconsciente- dont il s’agit. À tel point qu’usant d’un néologisme, Serge Tisseron (2) parle à leur sujet d’extimité. Car combien d’ados pensent encore naïvement qu’à ne donner l’adresse de leur blog qu’à un petit cercle d’amis, la confidentialité est sauvegardée. Ils ignorent que le secret n’est pas gardé très longtemps et que des outils de recherche sur le net, moteurs et annuaires, référencent tôt ou tard tout document publié. Forts de cette conviction naïve qu’ils ne seront pas repérés, certains se risquent alors à des paroles plus audacieuses et critiques… et l’on retrouve alors dans la presse, l’écho de plaintes déposées à leur encontre, qui pour de la malversation, qui pour de l’injure, qui pour de l’atteinte à la vie privée… Combien d’écoles n’ont pas été saisies de ce cas de figure : un élève aigri, à tort ou à raison, déverse en ligne toute son amertume à l’encontre d’un enseignant ou d’un condisciple. Photo à l’appui ! Avec trucage ou manipulation de sens dans la légende ou le commentaire. Un signe des temps !
Conflidence en ligne
Les adultes, eux, procèdent autrement et pour d’autres motifs. La dimension textuelle des blogs adultes est nettement plus importante. On y découvre aussi, encore et toujours cette veine « diariste (3) » et la partie composition personnelle y est forcément plus développée. La qualité poétique n’est pas toujours au rendez-vous, mais ce n’est pas l’important. Le média est là. Le média est la communication. Alors, après quelques hésitations, et mus par un vaste mouvement grégaire, les plus timides se lancent aussi dans la communication. En effet, aujourd’hui, pour être à la page, il ne suffit plus d’avoir une adresse électronique. Il faut avoir son blog ! Pourtant, très vite, on s’aperçoit de dérives caractérisées. Même adulte et responsable, le bloggeur ne souhaite pas communiquer avec n’importe qui. Priorité aux gens que l’on ne connaît pas ! Il en est même qui se font un sport de garder secrète leur production aux yeux du conjoint ou des enfants. La ligne éditoriale doit pouvoir se développer en toute quiétude ! Et parfois, cela dérape, car on n’a pas su tenir sa langue, et le membre tout proche découvre alors parfois avec déception qu’il n’est nulle part présent dans le récit bloggien, ou que son auteur se confie plus dans ses écrits qu’à domicile. Il arrive aussi que des commentaires soient postés par des visiteurs, pour secouer, voire contredire l’auteur du blog. Et force est de constater que les réactions ne sont pas du tout empreintes de l’ouverture que l’on pourrait supposer légitime. En fait, sur son blog, on veut bien se confier, mais plutôt à des gens qui pensent comme soi. À des confidents cajoleurs qui entreront dans votre manière de voir le monde et votre vie. Des internautes qui vous soutiendront en marquant leur accord sans réserve. Plusieurs ayant fait cette expérience de l’altérité critique ont été à ce point dérangés qu’ils en ont fini par changer leur fusil d’épaule, quitte à ouvrir un nouveau blog, pour ne plus essuyer la présence de ces indésirables. Le droit d’être soi, de se confier et d’être soutenu dans sa plainte… tel est le leitmotiv de beaucoup. En témoigne également ces nombreuses fausses sorties que cultivent certains d’entre eux. « Je ne vais pas bien, je ne trouve plus ce que je cherche dans l’écriture de ce blog. Encore un peu de temps et je vais mettre la clé sous le paillasson ». Message suivi immédiatement d’une salve… salvatrice de « Non, reste avec nous, on t’aime. Tu as le droit d’avoir le cafard. Si tu souffles un peu, on te souhaite le meilleur. Reviens-nous vite ».
Dites-moi de ne pas fermer mon blog
Combien de temps durent ces blogs ? La réponse n’est pas identique pour chacun, c’est bien normal. La fréquence des posts non plus ! Certains sont réguliers et quotidiens. D’autres sont plus épisodiques et irréguliers. Certains écrivent selon l’actualité de leur vie. D’autres publient de la sorte des textes plus anciens auxquels ils donnent une seconde vie. Des carnets comme ceux-là s’essoufflent après quelques mois. Un an et demi, deux ans… et puis la vie reprend généralement le dessus. Durent peut-être un peu plus longtemps, ceux qui se nourrissent aussi d’une communication « en visu », certains bloggeurs ayant pris le parti de rencontrer, seul ou en bande, les commentateurs réguliers de leur blog. Dans ce monde de la virtualité, les amis de mes amis sont mes amis. Il arrive que certains déclenchent des rassemblements à domicile, en ville ou dans des lieux de fêtes. Ces communautés tiennent naturellement plus longtemps. Du moins, quand les rencontres débouchent sur une altérité qui plait, même si elle n’est pas celle que l’on s’imaginait par écran interposé. S’il ne faut pas aller jusqu’à incriminer le délit de sale gueule, il faut reconnaître que plus d’un a connu une sérieuse déception en rencontrant le correspondant de la petite lucarne.
Cette description de la blogosphère nourrie à plus de deux années d’observations régulières de toute une série de blogs recensés principalement en Belgique francophone, pour être fondée n’est sans doute pas totalement représentative de l’ensemble. Mais c’est une tendance vérifiable dans les faits de cet univers bloggien (4). Du moins, de cette partie de l’univers bloggien qui sert de carnetosphère à des auteurs qui, sans cette infrastructure technologique, n’aurait pas quitté la pratique papier qu’ils connaissaient antérieurement, voire, qui n’auraient jamais commencé d’activité d’écriture.
Propos d’blog de pros
Car il y a aussi les professionnels de la communication et les férus des échanges cognitifs qui, basculant sur le net, ont été freinés, dans un premier temps, dans l’acte de produire. Tant que les outils d’interfaçage réclamaient des connaissances informatiques avancées. Ils s’y sont pourtant mis avec entrain quand la technologie du wiki (5) a fait son apparition. En fait, ceux-là n’attendaient que ce feu vert pour investir un nouvel univers de communication, plus collaboratif, moins cher d’usage et plus immédiat. Pour le reste, ils y pratiquent une communication qui n’est pas spécifiquement « bloggienne ». En fait, ils se servent de cette nouvelle technologie de production pour éditer ce que d’autres publient sous la forme de sites internet plus sophistiqués. Ces blogs-là dépasseront le cap de l’année et demie ou des deux ans de vie. Leur propos ne cherche pas l’assentiment facile de confidents inconnus et chaleureux. La raison de leur publication est de continuer dans ce nouvel univers, un échange qu’ils vivaient avant ailleurs et qui, aujourd’hui, se doit d’évoluer dans ce nouveau milieu technologique. Ainsi en est-il des blogs de chercheurs, de journalistes, d’enseignants, de politiques, d’animateurs culturels ou autres qui, à titre personnel ou au nom de leur institution, s’expriment en ligne comme ils le faisaient oralement ou sur papier.
Vraie question
Reste que la technologie pose une question : ce média est-il un nouveau médium ? Sa structuration modifie-t-elle le message ? Y a-t-il un genre nouveau et une pratique nouvelle si l’on communique par blogs interposés ? Et si cette technologie s’insère désormais dans des pratiques établies (la politique, l’enseignement, la recherche scientifique…) modifie-t-il le déroulement des échanges ? Il est sans doute trop tôt pour pouvoir s’exprimer sur le sujet avec, à l’appui, une expérience suffisamment enracinée. Néanmoins, pour le secteur de l’enseignement, on peut relever certains faits significatifs (6).
Les programmes de formation qui permettent aux enseignants de se former à des usages pédagogiques basés sur les blogs ne sont pas encore légion. La participation des enseignants à ces programmes n’est pas massive. La mise en application des pratiques approchées n’est donc pas encore fort développée. La raison tient aux préalables à ce changement. Il faut bien sûr sortir de cette conception de l’enseignement qui ne serait que transmission de savoir, pour évoluer vers un apprentissage par l’action personnelle au creux d’un projet porteur… donneur de sens. Ça, on le sait. Mais il faut aussi avoir enclenché une démarche d’enseignement aidé par les technologies. C’est ce que l’on appelle en Communauté française de Belgique, l’éducation par les médias. Beaucoup en sont encore loin, tracassés qu’ils sont à apprendre les rudiments techniques et informatiques pour un usage personnel à domicile. Or, on le sait, l’enseignant n’intègre en classe que ce qu’il estime déjà maîtriser par ailleurs. Et puis, les écoles, pour équipées qu’elles sont, n’ont pas encore atteint le ratio suffisant de machines par nombre d’élèves, accessibles suffisamment fréquemment sur la semaine, pour que les enseignants construisent une véritable stratégie pédagogique via l’ordinateur. Enfin, l’éducation par les médias doit être accompagnée idéalement d’une Education aux médias, c’est-à-dire une réflexion critique sur l’usage du média, son fonctionnement technique, mais aussi la structuration qu’il impose à la communication et à la communication pédagogique encore plus, à partir du moment où elle s’insère dans ce nouveau canal d’émission.
Vrai défi d’innovation
Où est le défi, la chose nouvelle à observer en train de se créer ? Il s’agit en fait d’enseigner avec les technologies, en mettant de la distance entre l’apprenant et l’enseignant, même si ces derniers sont dans la même pièce (on parlera parfois d’enseignement à distance, sans distance). Le faire autrement que par un scénario d’enseignement assisté par ordinateur (QCM et autres vrais ou faux). Le faire par un apprentissage de construction de savoirs grâce à la collaboration intelligente de plusieurs acteurs (apprentissages de type collaboratifs, bien sûr). Élaborer cela selon un mode de fonctionnement technologique qui table sur l’échange de communications s’affichant en posts fréquents, classés par catégories, accessibles via agrégation au sein d’un fil RSS … répondant à un blog par un autre blog, chaque intervenant ayant créé son propre espace de publication en ligne pour y personnaliser sa communication. Voilà ce qu’il faut inventer, car c‘est cela un blog, et c’est cela une pédagogie qui s’en inspirerait pour créer un nouveau cadre d’apprentissage.
Déclaré désormais « outil pédagogique » par détournement de sa fonction initiale, il faut investir le blog des besoins de la pratique d’enseigner. Et il faut saisir les opportunités offertes par le blog traditionnel pour enrichir de nouveaux apports l’acte d’enseigner. Sans verser pour autant dans le « tout au blog » car il n’y aurait sans doute de pire intégrateur du blog en pédagogie que celui qui voudrait en faire une nouvelle panacée.
(1)Rheingold Howard : cité dans Le Monde du 27.11.05 : « Dans dix ans, la vie privée telle qu'on la définit n'existera plus » : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-714592@51-714762,0.html
(2) Tisseron Serge, « L’intimité surexposée », Hachette, Paris, 2002, 180 pages : ISBN : 2012790658
(3) De diary, en anglais : journal intime
(4) Il a été fait le choix, ici de ne pas renvoyer par notes de bas de page, chaque observation rapportée à son illustration en ligne. Les passages les plus significatifs de ces blogs se trouvent néanmoins rassemblés et accessibles sur le blog : http://blogdeprofs.skynetblogs.be
(5) Technologie développée dans l’esprit des licences libres (GNU) et qui permet une adaptation logicielle aux besoins spécifiques de l’utilisateur.
(6) Nous parlerons ici de la Belgique francophone, lieu de notre observation et de notre pratique.

