Pour Stéphanie de Vanssay, pas d’hésitation à avoir : c’est en menant des projets médiatiques et en plongeant dans l’usage des outils réseaux que la pratique fait émerger les vraies questions et offre l’opportunité de construire des réponses appropriées.

IMG3929Ce 5 décembre 2012 à Leuze en Hainaut, le CSEM et les trois centres de ressources en Education aux Médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles organisaient leur journée annuelle de réflexion à destination des maîtres-assistants des départements pédagogiques des Hautes Ecoles. Le programme retenu faisait suite aux sessions des deux années précédentes, en focalisant une nouvelle fois sur l’école numérique à l’heure des réseaux sociaux. A Champion, en 2010, c’est Florence Meichel (Apprendre 2.0) qui intervenait sur l’émergence des réseaux apprenants. A Libramont, en 2011, Laurence Juin enseignante dans une Twitclass de La Rochelle, venait rendre compte de sa pratique innovante. Jamais deux sans trois, l’équipe organisatrice avait donc invité cette année Stéphanie de Vanssay, professeur des écoles détachée auprès du SE-UNSA, un syndicat enseignant, lui demandant de témoigner d’une pratique numérique de terrain qui atteste de sa capacité à susciter des questions d’Education aux Médias en lien avec les apprentissages.

Audace pédagogique ou esprit frondeur ?

Reconnaissant que l’air du temps est encore trop souvent aux discours sécuritaires face aux risques de l’internet, voire aux pratiques de dissuasions, d’entrée de jeu, Stéphanie de Vanssay présente sa conviction pédagogique : « Utilisons les médias en classe, car ils mettent en situation d’éduquer ». Ce credo, elle se l’est forgé tout d’abord dans sa pratique de terrain. Mais cette conviction s’appuie aussi sur la rencontre et l’observation du travail mené par des collègues et d’abondants échanges avec des enseignants de la maternelle au lycée, avec qui elle partage en ligne notamment grâce au réseau social Twitter.

Son exposé aborde quelques questions maîtresses auxquelles elle donne des réponses toujours modestes et provisoires, mais en justifiant de leur pertinence  par des exemples tirés de la pratique scolaire.

A qui je m’adresse ?

« Quand une classe se saisit des médias pour communiquer, c’est très intéressant, car rien n’est joué à l’avance ». On a beau avoir défini une charte de comportement (par exemple sur l’usage collectif d’un compte Twitter pour la classe), c’est la situation de terrain telle qu’elle se présente (et que l’on ne contrôle pas toujours) qui va susciter les vraies questions. Et si les comportements convenus servent de repères, il n’empêche que ceux-ci doivent être adaptés de façon critique à la situation du moment. Ainsi : que faire d’un intervenant qui entre en contact avec la classe et poste des messages sur l’espace commun, en utilisant des gros mots… et qu’il est enseignant de surcroît !? Comment vérifier que tel profil qui demande à être intégré au groupe est bien celui du parent de tel ou tel élève, comme il le prétend ? Car nouer contact dans le virtuel s’apparente de toute évidence à accepter une relation dans la vie courante. Va-t-on dès lors ouvrir les portes de la classe à n’importe qui ? Débat !

Qui s’adresse à moi ?

Autre mise en situation pour illustrer que la relation établie sur les réseaux demande une réflexion critique : un élève publie un travail sur les mangas et reçoit sur son blog un commentaire de félicitation signé du nom de l’auteur du manga qu’il décrit. Doit-il se réjouir de cette reconnaissance ou suspecter une usurpation d’identité ? Des félicitations en provenance du Japon ? Tout de même, c’est pas rien ! Comment résout-on ce cas de figure ? Exemple concret à creuser par un accompagnement circonstancié de l’enseignant… qui n’avait pas imaginé ce scénario. Mais c’est ça aussi le net !

Que puis-je publier ?

IMG3925De nombreux exemples aussi pour illustrer la responsabilité éditoriale de l’auteur sur le net. Une question d’adulte pensez-vous ? Partant de l’aisance technologique que procurent les nouveaux outils de publication en ligne, Stéphanie de Vanssay rapporte avec quel sens des responsabilités des élèves, même tout petits, s’interrogent sur ce qu’ils peuvent publier, sur la justesse de leurs termes, sur la correction orthographique, sur l’a propos de publier vers l’extérieur plutôt que de garder pour la classe. Chaque situation comporte des critères différents qui obligent à la réflexion sur la législation et, au delà, sur les conséquences… Une vraie réflexion déontologique donc ! Dès 5-6 ans… Sûr que ceux-là, devenus plus grands, continueront de tourner 7 x 7 fois leur plume avant d’écrire sur leur blog ou dans les réseaux.

Un nouveau prof pour de nouveaux enjeux

Ce qui frappe finalement dans l’exposé, c’est que les enseignants qui se lancent ne contrôlent pas tout du processus… Ils acceptent d’aller au devant de questions à résoudre. De vraies situations de problèmes ouverts (tiens, c’est justement le sujet de son mémoire de master 2 présentée par St. de Vanssay) qui mettent en situation de questionnement. On comprend dès lors mieux cette réponse que notre oratrice faisait à un exposant du salon Educatice qui lui proposait de découvrir un logiciel permettant de contrôler à distance les écrans de ses élèves dans une salle informatique ou un autre pour rebooter les systèmes après chaque usage, de sorte à éviter tout bug inutile. Elle rétorquait :  « Si j’ai la capacité de tout contrôler, c’est alors qu’il ne se passera plus rien… et vous pensez vraiment que c’est cela qui est éducatif ? »  Esprit frondeur ou pertinence pédagogique ?

A la place de cette attitude d’évitement, Stéphanie de Vanssay préfère la prise de responsabilité qui engage l’apprenant à réfléchir aux conséquence de ses actes. En offrant aussi le risque –mais n’est-il pas positif- de voir le jeune exprimer alors des avis citoyens : comme cette jeune fille anglaise de 9 ans qui a ouvert un blog pour débattre en toute objectivité de la qualité des plats préparés à la cantine de l’école. Une démarche militante qui a finalement suscité une amélioration des menus servis à la collectivité.

Et de conclure : finalement, faut-il faire nommément  de l’Education aux Médias, à jours et heures préétablis ? N’est-ce pas plutôt d’une pratique intégrée des médias en classe, au creux de projets concrets, que le questionnement va surgir, totalement en phase avec des enjeux réels de communication ? Pas pour rien que Stéphanie de Vanssay aura deux fois cité Célestin Freinet dans son intervention, affirmant que « s’il avait du connaître Twitter, les blogs et les réseaux sociaux, il s’en serait sûrement servi comme il le fit de l’imprimerie ».

 Ajout le 10.12.12 :

- Prezi de l'exposé du matin disponible en ligne

Stéphanie  de Vanssay est aussi intervenue l'après midi, dans un atelier réunissant en priorité les maîtres-assistants des Hautes écoles et dont elle rend compte elle-même en ligne. Lire ici