La tenue d’un colloque international ambitionne de réunir et de faire participer un grand nombre d’intervenants de qualité. Il y a les invités et puis les participants qui, si la formule intègre bien l’interactivité, prennent aussi part au débat, notamment au moment des Questions & Réponses. Mais depuis quelques années déjà, est apparu un nouveau phénomène : un pupitre de bloggeurs patentés couvre l’événement à flux tendu vers la blogosphère et les réseaux sociaux. Compte-tenu du fait que chacun connecte ses followers (plusieurs centaines, souvent) sur l’événement, on comprend la démultiplication qui s’opère. Ces leaders d’opinions ont, eux aussi, donné leur point de vue sous la forme d’une table ronde de clôture.

bloggueurs© Ludovia - Merci

Au matin du quatrième jour, et pour des raisons de planning transport, beaucoup de participants sont déjà repartis. Pour peu, la salle des conférences ressemblerait à un cénacle d’initiés… d’autant que la table ronde donne cette fois encore la parole à des praticiens convaincus. Deux canadiens, un belge et quatre français se passeront le micro. Mais une fois encore, la salle sera sollicitée pour ses commentaires et questions. C’est @jmgilliot qui la joue façon « Monsieur Loyal ».

D’entrée de jeu, @Francoisguite évoque les freins et les craintes qui le…motivent (sic) ! D’abord : la peur d’être rapidement dépassé par l’évolution de ces Tices. Il faut donc s’y lancer. D’autant que la crainte est ennemi du plaisir… et que l’on n’aime pas ça, le déplaisir"" ! Il faut donc se sensibiliser, se former. Il faut trouver du plaisir dans ces nouveaux apprentissages… car c’est alors contagieux. Et le plaisir est plus fort s’il est partagé. Pour François Guite, donc, sa quête professionnelle est boostée par les Tices. Voilà, selon lui, des moyens de piquer la curiosité des élèves. Voilà des démultiplicateurs des effets pédagogiques (empowerment). Il évoque le concept d’affordances : les possibilités d’action afférentes à un objet. « Les Tices sont des affordances créatrices ! » Des ressources dès lors géniales pour l’enseignement. Surtout si ces affordances sont potentiellement d’usage collectif. " Associez création et travail collectif et vous aurez une infinité de combinaisons de scénarios pédagogiques. Au Canada, poursuit-il, nous avons une grande liberté d’action. Comment donner corps à toutes ces affordances ? Il ne faut pas être trop sévère sur les règlements". Et François de témoigner de sa propre pratique quelque peu pirate par rapport au système : notamment l’installation d’une borne sans fil dans sa classe sans accord de la direction… ce qui a été validé par après, bien sûr.

@pedago-tic.be de poursuivre en insistant sur le caractère « trans-frontalier » des technologies, un mixage des générations, des cultures, des sensibilités… une chance à saisir, donc !

@Zecool évoque à son tour la passion et les émotions qui peuvent naître d’un emploi des technologies dans l’enseignement :  une opportunité d’abord de sortir de l’isolement professionnel dans lequel plusieurs profs sont encore cantonnés et le caractère excitant de ce processus qui aide à comprendre les jeunes à qui on fait la classe, en les rejoignant dans leurs pratiques médiatiques. Il insiste pour que l’on creuse désormais la réflexion jusqu’à un niveau systémique en profitant des échanges bottom-up (qu’est-ce que les jeunes font déjà avec ces technologies ?) et retour (quels usages pédagogiques de ces outils modernes de communication et de construction de savoirs ?)

@2vanssay nous invite ensuite à ne pas croire que les élèves ne savent rien de ce que l’on va aborder en classe. Ils ont parfois des pans entiers de connaissances préalables. Car admettons-le, l’école n’est pas le seul lieu d’apprentissage. Il apparaît aussi que le numérique est un excellent moyen pour plonger les élèves dans des défis d’envergure (situations complexes) et l’occasion de travailler des compétences comme : s’exprimer, argumenter, s’informer, recouper, valider, etc. Enseignants, nous devons préparer nos élèves au monde de demain et à appréhender des outils que l’on ne connaît pas encore. Il ne faut pas avoir peur de placer les élèves devant des situations complexes à résoudre.

Interrogé aussi sur le plaisir dans l’acte d’enseigner, @girard77 insiste pour que l’on se serve de ces technologies pour réduire fortement les tâches répétitives. Les profs doivent aussi tirer profit du numérique, à l’heure où le monde change et que les élèves, devenus de plus en plus multitâches, sont équipés de matériel personnel mettant désormais le monde au bout des doigts. A quoi Jacques Cool répond en écho que le fait d’être nés avec ces technologies rend les élèves sensibles aux motivations sociales du travail en réseaux.

Le premier tour de table a été assez descriptif de la pratique médiatique ambiante… Par une sorte de « Osons les interventions qui posent les bonnes questions », François Guite réclame donc que l’on soit moins consensuel dans la suite. Il provoque quelque peu l’auditoire en affirmant que les innovations ne sont pas le fait des pédagogues mais des techniciens qui apportent de nouvelles fonctionnalités par la création d’outils nouveaux. Dans ce contexte de vraie créativité, si les profs espèrent s’en sortir en détournant ces outils pour les mettre au bénéfice du paradigme ancien… ils devront déchanter. Un exemple : la mise au point de l’implant cérébral est déjà bien avancée. Qu’en fera-t-on dans les classes ?

Et ça marche : la salle demande le micro et commence, elle aussi, à partager son opinion. On recentre sur le thème du plaisir d’enseigner et d’apprendre pour demander : "Dans quelle interaction prof-élève il sera possible que les deux y trouvent leur contentement ?" @2vanssay témoigne du plaisir partagé quand l’enseignant apprend aussi du partage de l’expérience de ses élèves. Un échange qui ne peut se concevoir que dans un rapport de confiance mutuelle. Et @FrançoisGuite de raconter le malaise qu’il a ressenti après avoir contrôlé quatre élèves qui se servaient de leur téléphone en classe (chose qu’il avait autorisée dans le cadre du travail à réaliser). Le malaise provenait donc du fait que ces élèves travaillaient effectivement et que la suspicion était, dès lors, non fondée. Une maladresse que l’enseignant confessait en insistant sur l’investissement dont sont capables les élèves, une fois qu’on leur fait confiance.

Si l’ensemble des propos ne peut être rapporté ici, nous concluerons en reprenant ce qui fut la double chute de cette table ronde. Deux citations quelques peu prophétiques. La première est d’Edgard Morin, rapportée par @2vanssay : « La connaissance progresse en intégrant en elle l’incertitude, et non en l’exorcisant ». Une manière d'inciter à oser faire preuve d'audace. La seconde citation de Bertrand Tavernier et qui sonne elle aussi comme un défi. C’est @FrançoisGuite qui la rapporte : « Les enfants ne ressemblent pas à leurs parents. Ils ressemblent à leur époque ! ». A l’école dès lors, d’en prendre la mesure.

Les intervenants étaient : François Guite, Jacques Cool, Stéphanie de Vanssay, Sébastien Reinders, Franck Girard et Jean-Marie Gilliot animateur.

Les rapporteurs : Eric Delcroix et Caroline Jouneau-Sion