Les participants auraient sans aucun doute aimé passer plus de temps pour partager avec  quelques intervenants lors de ce temps d’échange. En fait, à chaque fois, il aura fallu faire des choix..  et choisir, c’est renoncer ! Vous ne trouverez donc ici que les échos de trois témoins dont l’intitulé de l’expérience pédagogique aura d’emblée retenu mon attention.

explore2© Ludovia 2012 - Merci

 

Article complété ce 4 septembre

1 La Classe Acou (CP sur Twitter)

2 Radio Cartable

3 Raconter une image de presse

 

« A coups » de 140 caractères !

« Monsieur Alexandre » fait preuve d’une énergie débordante quand il partage l’expérience de sa classe de CM1, utilisatrice de Twitter. D’une énergie qui est sans doute la meilleure réponse à la question qui lui est posée à la fin de son exposé : « M’enfin, comment trouvez-vous le temps pour faire cette publication chaque jour, avec un élève différent ? ». C’est que dans la classe Acou (le nom de Mr Alexandre)… il semble que l’enseignant soit constamment « à flux tendu ».

 

AcouDécidément, l’instituteur gesticulant en chemise blanche dans le faisceau du data projecteur aime faire court…. Et bon ! A l’image des messages de 140 caractères maximum dans Twitter, il n’a que quelques écrans[1] pour expliquer comment sa classe, qui avait découvert Twitter pour donner des nouvelles lors d’un séjour en classe verte, a continué d’en faire un outil de publication quotidien. « Une fois rentré, j’avais imaginé laisser de côté l’outil de communication en ligne. Mais ce sont les élèves eux-mêmes qui, le lendemain de notre retour, ont demandé ce que l’on allait continuer de publier ! » L’occasion était trop belle pour ne pas la saisir comme d’autres l’avaient fait avant lui. Alexandre Acou s’inscrit en effet dans la droite ligne d’expériences menées par d’autres personnalités connues pour leur usage du petit oiseau bleu en classe primaire, notamment Laurence Juin (La Rochelle) et Jean-Roch Masson (Dunkerke).

 

Ce qui est remarquable dans le témoignage de l’enseignant, c’est son caractère bouillonnant. Certes, l’école dispose d’une salle informatique qui pourrait accueillir le projet. Mais on sent bien que les modalités de réservation de ce local ne répondront pas au besoin d’instantanéité des tweetteurs. Un peu comme si, pour consulter le dictionnaire quand le besoin s’en faire sentir, il fallait envisager d’aller le réserver via le service de prêt du CDI de l’école. Non ! Sans donner à penser qu’il faut être impulsif et improvisateur, Monsieur Alexandre a bien compris que ce projet se gère dans l’interactivité la plus spontanée. Ceci explique sa préférence : utiliser son propre téléphone portable qu’il confie sans hésitation aux enfants. « Non, doit-il parfois préciser à des collègues inquiets, les enfants ne m’ont pas piqué mon téléphone… Je leur ai confié et ils travaillent avec ! »

 

Mais si la spontanéité est au rendez-vous, il ne s’agit pourtant pas de foncer tête baissée, sans réflexion, ni méthodologie. Une charte a été établie en concertation, du fait notamment que les tweets sont postés sous l’identification du seul et unique compte « @classe_acou ». Une responsabilité éditoriale partagée qui réclame dès lors que l’on respecte certains principes. Et le premier exprimé dans la charte, c’est bien celui de la correction grammaticale et orthographique. A travers leur flux de messages, les élèves s’expriment, certes, mais ils continuent d’apprendre aussi ! Et pas uniquement à propos de savoirs qui feront l’objet de leurs communications, mais également par la mise en œuvre de compétences telles que : la coopération, l’autonomie, l’usage responsable des réseaux sociaux, le respect du droit à l’image, etc. Parfois aussi, le projet se décline aussi sous la forme de partie d’échecs jouées à distance avec d’autres classes engagées dans des projets de correspondance scolaire. On le voit, dans un parcours résolument d’éducation PAR les médias en réseau, les élèves se voient aussi proposer une réflexion critique et citoyenne qui relève de l’Education AUX Médias.

 

Autour de l’écran de projection, les regards sont admiratifs, mais une question s’ajoute à celle de la gestion du temps : qu’en est-il des autorisations, côté responsables académiques ? Monsieur Alexandre, qui a réponse à tout, continue en avouant n’avoir pas demandé l’autorisation ! Pour innover, il faut parfois prendre les devants, audacieusement. Mais il n’a pas non plus agi sans couverture : à la base, la rédaction bien ficelée d’un dossier pour défendre sa créativité pédagogique et l’accord local de sa direction, informée dès les premiers instants de la mise en œuvre du projet. « Non, les élèves n’utilisent pas leur téléphone personnel en classe et ne contreviennent dès lors pas à l’interdiction légale qui leur est faite ! Non, non… ». Saisissez toute la nuance : ils utilisent l’appareil du professeur qui se porte garant ! Et peut-être qu’avec le temps, les réflexions relayées aussi à Ludovia autour du concept « BYOD - Bring Your Own Device » (en français : Apportez votre propre console) trouveront à compléter l’arsenal pédagogique de Monsieur Acou. En attendant, le projet a trouvé son rythme de croisière et les enfants communiquent en apprenant… A moins qu’ils n’apprennent en communiquant ! A chacun sa lecture de cette intégration des Tices en classe de CP.

 

Radio cartable : présentation par Philippe Vauchez

Ce projet scolaire hertzien émet déjà depuis 28 ans. On le capte actuellement sur  89,4 Mhz – en île de France, à raison d’ une heure de diffusion par semaine. Le contenu rédactionnel est fourni par toutes les écoles de la région qui estiment intéressant de partager leurs productions audio. C’est une Radio alternative qui insère les « émissions scolaires » dans sa grille de programme.

Avec l’évolution des technologies, l’expérience tente maintenant de s’installer dans le numérique, en migrant notamment vers la production de podcasts et en choisissant des outils nomades en phase de captation et de post-production

Un instituteur maître-Tice est mandaté pour ce projet, à temps plein. C’est une personne ressource très importante pour les enseignants qui se lancent dans l’aventure vécue essentiellement au 1er degré, si j’ai bien retenu.

Caractéristiques du projet : il émarge à des financements divers fournis par le secteur insitutionnel. Les enseignants participent sur base volontaire. ON est en ZEP (Zone d’Enseignement Prioritaire) et la radio d’école permet de travailler bien évidemment des compétences langagières (orales et écrites). Elle influe aussi positivement sur la motivation des élèves qui apprécient fortement le fait que leurs productions soient diffusées « dans les airs » et sur le net. Belle opportunité, on le comprend, de redorer l’estime de soi, mais aussi de creuser des questions liées à l’éthique du fait de la publication des œuvres. Un site internet constitue une plate-forme bien utile pour centraliser toutes ces ressources sollicitées à temps et à contre temps par toutes les classes qui décident d’une participation.

Cette séquence de travail est aussi l’occasion d’une Education Aux Médias. Le style radiophonique se décline à travers une typologie de genres. On en retrouve plusieurs au générique de Radio Cartable : reportages, interview, jeu, récits, revue de presse, poésie, émissions médicales, de critiques littéraires, romans-feuilletons. Autant de genres différents dont il faut s’approprier les caractéristiques de sorte à coller à la pratique des professionnels.

Un modeste studio basé en ïle de France accueille quelques élèves à qui l'on confie le lancement des enregistrements « dans les conditions du direct ».

On y retrouve les technologies du moment : principalement des tablettes tactiles, un micro ordinateur portable, des sicrophone USB H4 zoom pour les équipes envoyées sur le terrain. Pour calquer les conditions des pros, il est aussi question d’une heure de bouclage. L’animateur, quand il se déplace dans un collège, peut consacrer une demi journée, temps de captation et de montage compris. Heureusement, le numérique rend l’exécution des opérations plus rapide qu' au temps des débuts, quand il était question de bandes magnétiques à couper-coller !

C’est une occasion d’EAM. Mais aussi d’éducation citoyenne. On évoque bien sûr les questions liées à la déontologie journalistique.

L’intérêt d’une activité de production, l’animateur de l’explorcamp, Philippe Vauchez le précise bien, c’est que l’on passe dans les coulisses du média que l’on a l’habitude de consommer. L’envers du décor radiophonique, scénarisation, production, montage dans la foulée, en fonction du public-cible, présentation (post-production) et diffusion, c’est très instructif

 

 

Raconter une photo de presse écrite à l’heure des outils nomades de lecture et de capture

 

explorcamp©Ludovia 20112 - Merci

Cette activité est un classique des parcours d’Education aux Médias ! Avant même de se lancer dans l’analyse critique des écrans (internet mais aussi télé et ciné)… la « simple » image ou le son « tout cru »… C’est le B.A ba de l’alphabétisation médiatique. Mais ici, attention particulière, l’image est « de presse », c’est-à-dire que son contexte d’utilisation réclame une approche critique spécifique. C’est le challenge que nous fait découvrir l’équipe  du Sceren (CRDP de Toulouse).

Le scénario présenté trouve idéalement sa place dans le cadre des activités proposées par le CLEMI lors de la semaine de la presse dans les écoles. Mais les ressources mises en ligne sur le site AT-radio (blog radio- : raconter une photo de presse mot de passe) peut être reproduit à tout moment par l’enseignant ou l’animateur qui le souhaiterait.

L’activité consiste à produire un audio de commentaire d’une photo de presse. Une activité qui peurt se décliner avec des niveaux d’approfondissement étagés, de la maternelle au lycée.

Pour ce parcours, CLEMI et Sceren associés ont obtenu des images libres de droit, notamment grâce à un partenariat avec le quotidien local : La Dépèche). Ceci explique que le site est donc pour partie en accès protégé… mais on peut prendre contact avec les concepteurs pour convenir des modalités permettant de pousser plus loin la visite. Cela étant dit, l’activité est applicable à toute image de presse puisée dans le corpus du jour.

Dans un premier temps, il s’agit de donner des impressions et des interprétations de ce que l’image dit. Un exemple de micro-trottoir illustre bien l’aisance avec laquelle l’image parle dès le premier âge. Mais l’image est polysémique. Les commentaires sont diversifiés !

Pour vous faire une idée, allez donc voir cette photo où un pied enjambe un mur surmonté de barbelés. Le fichier sonore est incrusté juste en dessous. Les enfants, intarisables, voient leur temps de parole limité à 3 minutes.

Pour justifier leur projet, les expérimentateurs renvoient à une intervention face caméra de S. Tisseron,  en 2000 sur « propagande, publicité et information-désinformation ».

Thème développé : S’exprimer d’abord autour de l’émotion ressentie… pour aller ensuite dans l’analyse (EAM). Ils évoquent aussi Cathy Voyer-Léger, dans un article en ligne sur « L’image de presse, dernier bastion de la vérité (24-10-2011). Les photos donnent-elles à voir la réalité ? Non, symboliques, elles sont vecteurs de sens et matériau de construction du réel et de la vérité.

Activité classique d’EAM, cette proposition de « raconter une image de presse » se décline selon les classes, en récolte d’avis (micro trottoir), utilisation plus fouillée d’outils d’analyse aux niveaux collège et lycée : (déconstruction, distinction dénotation/connotation),  etc.

Et puis, le caractère spécifique de cette séquence, c’est de « Raconter » la photo. On est aussi dans une démarche de production (et pas seulement d’analyse), de communication (quel est le public-cible, son niveau de langage et de compréhension), dans un genre spécifique : le langage radiophonique.  Tout ça autour d’une photo « de presse », laquelle figure aussi dans un contexte de genre : le journal. Que de choses à identifier, à analyser, à commenter !

Et le plaisir dans tout cela ? Les animateurs ne sont pas décontenancés par la question : Dans cette activité, on joue avec la photo (dénaturer la photo), ou peut exercer sa créativité (donner un autre sens), on raconte au micro et on mixe en choisissant aussi des bruitages en fond sonore : fun tout cela !

Quant au contexte d’implémentation, on peut imaginer cela dans le cadre d’un échange en correspondance scolaire (e-twinning, par exemple).

Et puis, cette activité déjà ancienne dans sa conception, les animateurs nous la proposent maintenant sur les outils numériques récents : les tablettes dont ils vantent l’instantanéïte d’usage et le caractère motivant du tactile pour l’enfant (on écrit comme sur une ardoise, en fait !)

Des inquiétudes techniques ? Voici les applications à s’approprier : Evernote (PC, Mobile et Tablettes), Skitch (palette graphique) : lignes de force, recadrage… et Audacity pour le mixage du son… une proposition qui leur semble évidente mais qu’ils n’ont pas encore eu l’occasion de tester eux-mêmes.

Avis aux amateurs autour de la table ! Pour les aider : un kit est disponible en ligne… Pourquoi attendre ? Les cartes sont distribuées. La partie peut commencer.