352_ea288c1982bf400955de451a4e76a858.150.150La raison pour laquelle il est sans doute important de se soucier des médias et des technologies dans le monde scolaire, tient au fait que les jeunes (mais aussi les adultes) en consomment abondamment, s’y alimentent en représentations du monde et y puisent toutes sortes de structurations de leur pensées et de leurs actions.
Qu’on le veuille ou non, et qu’ils le veuillent ou non, les médias éduquent. Et nous, consommateurs, nous sommes souvent « à leur école ».

Les médias et les technologies éduquent d’abord, qu’on le veuille ou non, par la proposition de produits finis que les lecteurs consomment sans sourciller. Ainsi, quand on s’interroge entre européens, par exemple, sur les représentations que nous avons de l’Afrique, beaucoup d’entre nous doivent reconnaître que ce qu’ils en connaissent leur vient essentiellement des médias : JT. mais aussi documentaires. Cela, le spectateur en convient sans problème. Mais la fiction, elle aussi, est active de façon manifeste dans la construction de nos représentations. Etonnemment, nous sommes facilement tentés de prendre pour argent comptant ce qui ne sont alors que des constructions romanesques. Et au cinéma plus encore qu’en littérature, peut-être . Car sur les écrans, petits et grands, au point des mots, fait place le choc des photos. Dans l’exemple pris plus haut, un film comme « Out of Africa » aura sans aucun doute laissé des images significatives de la manière dont beaucoup d’entre nous se représentent le continent noir, s’ils ont vu le film.
Mais les médias nous éduquent aussi quand enclenchant des processus de production, le médiacteur lambda se sert des médias comme auteur. Sans aucun doute en savent-ils plus du langage médiatique, ceux qui ont déjà tenu un micro ou une caméra en main. Pratiquer le média en mode de production ouvre de nouvelles perspectives : on ne regarde plus ensuite les écrans de la même façon.

Nos jeunes le savent bien, eux qui sont nés dans un monde de l’image, bien plus que nous. Ils sont aujourd’hui « numériques » dès le faire-part qui annonce leur arrivée au monde et la photographie des premiers instants de leur existence. Il est donc important que l’école accompagne les apprentissages de ces deux savoir-faire, et des savoir-être qui les accompagnent : la lecture critique des médias et l’acquisition d’une bonne base en production médiatique.

Car suffit-il de regarder la télé ou le cinéma pour devenir cinéaste. La manipulation d’une caméra fait-elle de vous un réalisateur ? La capacité de produire de l’HTML vous autorise-t-elle à vous déclarer webdesigner professionnel ? Si la réponse à ces questions semble devoir être négative, on s’étonnera de lire que certains  affirment pourtant volontiers le contraire en imaginant que l’émergence d’une technologie de pointe qui rend ces usages de production beaucoup plus simples (blogs, podcasts…) fera de la génération qui vient une génération de journalistes et de médiacteurs-nés.
Sans doute n’auront-ils aucune difficulté pour mettre en ligne des contenus rapidement capturés (images et sons, notamment). Mais encore leur faudra-t-il dépasser le cap de la période d’essai et vérifier qu’ils ont vraiment des choses à dire. On le constate déjà avec l’apparition des blogs : le phénomène a connu une explosion dès son apparition mais s’est très vite stabilisé aussi. Six moi, un an, deux tout au plus pour la plupart sont la durée moyenne de ces sites où, très vite, on tourne en rond point de vue éditorial. Mais personne n’aurait voulu manquer le rendez-vous de la nouveauté quand elle est arrivée sur le marché. Pourtant, beaucoup s’essouffle. Mais voilà… il fallait en être !

Une chose est sûre, les enseignants qui ne sont pas de cette génération numérique doivent intégrer l’approche médiatique à titre professionnel, comme ils sont amenés à le faire à titre personnel dans leur mission de parents, de grands-parents, d’oncles ou de tantes, faute de quoi, ils seront en complet décrochage avec la société contemporaine.

Certes, il apparaît que les jeunes en savent techniquement plus que leurs aînés et qu’ils développent dans ce domaine plus rapidement leurs compétences. Mais cela ne doit donner de complexe à personne. Les adultes sont là pour apporter une expérience complémentaire à la capacité de faire fonctionner médias et technologies. Tant mieux si un brevet vient valider ces savoir-faire . Cela officialise la reconnaissance d’une compétence devenue aujourd’hui incontournable . Et peut-être même qu’à un moment donné, il ne sera plus nécessaire de s’en inquiéter, car tout le monde aura acquis ces apprentissages de base dans l’enseignement fondamental. Qui sait ? Mais la partie complémentaire dont l’éducation parentale et scolaire devra toujours s’inquiéter de fournir, c’est ce qu’on appelle l’Education aux Médias : une approche critique de la littérature médiatique qui la situe dans un contexte technologique global de communication (relation producteur-public), dans une gamme de modalités d’expression (typologie), qui analyse les contenus proposés (représentations) en situant le média dans une grammaire syntaxique (langage) . Car ne prendre en compte que les seuls aspects technologiques, que ce soit en lecture ou en production, c’est sans doute s’inquiéter de la seule « instrumentation ».

Bruno Devauchelle  le constate : « Une école qui serait "compensatrice des différences" et "structurante des apprentissages" semble faire l'accord de nombre de personnes.[…] Par contre les modalités permettant de parvenir à ces objectifs semblent très variées et faire peu l'unanimité : un enseignement spécialisé, une responsabilité spécifique d'une discipline d'enseignement, un travail d'équipe entre disciplines scolaires, un projet pédagogique au sein de l'établissement... ».

En Belgique francophone, étant donné l’organisation des réseaux d’enseignement, il a été fait le choix d’une approche de l’Education aux Médias comme compétence transversale. La volonté politique était bien que tous les jeunes, et non seulement ceux qui auraient choisi l’option « Médias » ou « Technologies », aient un accompagnement et une formation à ces savoirs, savoir-faire et savoir-être. L’école est-elle, en ce cas, « compensatrices des différences » (réductrice de la fameuse fracture numérique)… sans doute dans un premier temps ! Mais on le constatera, ce n’est pas longtemps l’accès à la console médiatique qui fait problème. On le sait, la télévision, la console de jeu, l’ordi et Internet, le GSM et dernier-né, le MP3 sont rapidement acquis même dans les milieux défavorisés. Mais c’est dans l’usage critique de ces outils médiatiques que ces utilisateurs débutants (et rapidement performants techniquement) devront être accompagnés. C’est le rôle de l’école de devenir « structurante des apprentissages » dans ce domaine nouveau.

A l’instar du Clémi français, et parfois en partenariat avec lui dans le cadre de projets transfrontaliers, Média Animation accompagne les enseignants dans leur programme de formation continuée en cours de carrière, de sorte que le plus grand nombre soit soucieux de cette Education aux Média dont ils n’avaient jamais entendu parler à l’époque de leur formation initiale (ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui, fort heureusement).

Le B2I est sans doute un souci légitime d’instrumentation de nos jeunes, dans une société qui se numérise de plus en plus. L’informatisation des tâches d’enseignement est sans doute un autre souci, légitime lui aussi, d’instrumenter les enseignants dans leur tâche professionnelle (C2I). Pourquoi en effet, ne bénéficieraient-ils pas eux aussi des apports des technologies modernes. Mais l’Education aux Médias s’attaque encore à une autre dimension des apprentissages. Au delà de l’instrumentation (éducation par les médias) elle vise à une approche critique des contenus médiatiques et des processus technologiques, en les resituant dans le contexte technologique global de la communication ‘Education aux médias’).

En cela, je rejoins Bruno Devauchelle dans l’accroche de son article : La rénovation et l'élargissement du B2i  ne doivent pas faire oublier une question importante qui traverse souvent les débats sur la place des TIC en éducation… Laquelle ? « Former aux Tices à l’école : former à quoi, former pour quoi ? » bien sûr !

Michel BERHIN, chargé de mission en Education aux Médias, à Média Animation - Belgique

(1) Lire à ce propos :
http://educaumedia.comu.ucl.ac.be/cem/P14.html

Tag technorati :