Plus facile à dire qu’à faire
Telles les conversations du café du commerce, les positions politiques citoyennes envahissent les réseaux
Certes, le fait qu’en Belgique, nous soyons à quelques mois des élections communales et que les présidentielles françaises battent leur plein n’est pas étranger au phénomène. Mais c’est 365 jours de l’année que certains sont en campagne sur les réseaux, tenant des discours engagés. Liberté d’expression citoyenne bien légitime… à condition d’être constructive. Sinon, le poujadisme n’est pas loin, mettant en question l’idéal démocratique.
S’il fallait camper le décor, la vie locale de la Capitale wallonne pourrait servir d’exemple. Un groupe « Namur, Belgium » a été créé qui comprend aujourd’hui 1415 membres, « habitants de Namur en Belgique ou expatriés toujours amoureux de cette ville ». C’est du moins le motif avoué de sa constitution. C'est aussi le groupe des fans du site www.bia-bouquet.com, lequel a été créé à l’initiative d’un pensionné devenu, dès sa mise à la retraite en 2005, photographe reporter et grand arpenteur de la cité et de ses environs devant l’éternité.
A l’heure des réseaux sociaux, la page Facebook « Namur, Belgium » fait donc office de miroir du site de partage de photos en ligne et constitue une vitrine supplémentaire et un espace d’expression collectif qui est à distinguer du mur personnel de l’intéressé : Christian Delwiche. Car c’est une des caractéristiques de cette démultiplication des espaces d’expression : certains constituent des canaux privés de communication (messages privés), d’autres sont des lieux semi publics puisque personnels mais susceptibles d’être partagés en lecture, voire aussi en écriture (mur). Les Pages enfin, sont délibéremment espaces collectifs… même s’ils demeurent sous la responsabilité éditoriale du créateur, lequel doit alors choisir où publier ses propos, selon les destinataires concernés et l’affichage de commentaires susceptibles de nourrir des débats – privés ou publics.
Beau travail de mémoire locale
En l’occurrence ici, la vie locale est d’abord relatée par l’affichage hebdomadaire de plus ou moins deux cents photos prises sur le vif et mises en ligne sur le site www.bia-bouquet.com avec l’accord des intéressés. Christian Delwiche a aussi dédié un de ses albums Facebook pour collecter parmi ses tirages, les portraits de ceux qui sont affiliés au réseau social. Une pratique en réseau qui fédère les individus qui, s’ils ne se connaissent pas encore, se rencontrent ainsi virtuellement et se voient présentés l’un à l’autre bien sympathiquement. Et plus si affinités. Les habitudes se mettent dès lors vite en place… L’immédiateté et la proximité des réseaux font que les échanges sous forme de commentaires battent vite leur plein et prennent librement la tournure des conversations du café du commerce. Chaleur dans les propos et sympathie partagée quand l’artiste publie ses nouveaux clichés. Il y a là un travail de mémoire qui participe de la sauvegarde du patrimoine humain et architectural namurois, comme le firent les anciens dont on expose les sténopés aujourd’hui encore au pied de la Citadelle, et qui relatent le souvenir de ce quartier des Sarrasins détruit en 1970, sur l’espace du Grognon. Sûr qu’un jour, Christian Delwiche figurera dans la liste officielle de ces immortaliseurs de notre riche vie locale.
Dire que tout va bien dans la cité mosane serait faire preuve de naïveté, on s’en doute. Comme en toute métropole, la réflexion citoyenne a de quoi se mobiliser autour de certains thèmes pour que la politique de demain, soit encore plus en phase avec les besoins des citoyens. Et il est à constater que les échanges sous forme de commentaires ont pris la tournure d’une véritable campagne, quoique s’en défendent certains. Et c’est sans doute là qu’il y a lieu de poser un regard critique.
Une photo a le mérite d’immortaliser une figure, un moment, une situation... pour la postérité. Souvenir, souvenir. La photo ne mentirait pas, ferait preuve d’objectivité, serait factuelle… C’est oublier une série d’options de cadrage, de scénarisation qui instrumentent la prise de vue… et ne rien dire du choix de ce que l’on photographie et de ce qu’on laisse se perdre en le tenant hors champ.
Dénoncer sur la toile, facile…
Et donc, il est progressivement arrivé que notre baladeur photographe sélectionne pour Facebook des clichés dénonçant les incivilités de certains citoyens. Essentiellement des questions de parkings sauvages. Pourquoi donc faudrait-il toujours être laudatif dans ses propos, fussent-ils photographiques ? Mais la dimension réseau a donné sa pleine mesure quand le succès de cette ligne éditoriale s’est vu octroyer un espace spécifique : une page intitulée « Piétons, à Namur vous avez des droits ». Deux raisons à cela, sans doute : ne pas inonder plus l’espace d’expression généraliste (le « mur » de Namur Belgium) avec une thématique quelque peu envahissante. Mais sans doute aussi donner tout son retentissement à cette militance citoyenne sur les conditions de mobilité dans la ville.
Comme au comptoir du café du commerce, les propos s’enflamment vite. Ce que l’alcool peut stimuler dans un cas, se trouve encouragé ici du fait du peu de distance psychologique que constitue le truchement de l’écran et l’apparente cohésion du groupe qui se met à s’exprimer. Mais tous ceux qui lisent souscrivent-ils aux propos qui sont tenus par le groupe. Y a-t-il minorité ou majorité silencieuse ? Car tous n’ont peut-être pas envie de s’engager dans un débat public qui participerait de leur identité numérique.
La discussion citoyenne à connotation politique est saine pour le débat populaire. Sa tenue dans les réseaux tient à l’évolution des technologies. Normal que cet espace de rencontre soit aussi annexé à cette fin. Mais, comme pour le journalisme citoyen développé en toute spontanéité, on s’aperçoit rapidement que les propos sont assez déjantés. Non qu’ils fassent toujours preuve de malhonnêteté intellectuelle, mais du fait, à tout le moins, qu’ils sont désincarnés de tout engagement concret. « Facile à dire, pas si facile à faire » pourrait-on commenter.
L’espace Facebook créé par notre « amoureux de sa ville, désespéré certains jours » a en effet très vite vu les commentaires de ses abonnés s’emballer pour dénoncer systématiquement des manquements politiques. C’est un fait, on ne s’improvise pas modérateur online. Difficile d’arbitrer des propos tenus en public, surtout quand il faut faire la part des choses entre la sympathie interpersonnelle dont on est l’objet et la nécessaire tempérance quand on exprime des points de vue partisans. Quoi de plus simple en effet de dénoncer, tous partis confondus. Un point de vue radical qui, s’il devait se concrétiser dans un mandat concret, ne trouverait aucun parti pour être mis en programme électoral, ni aucune coalition pour être mis en œuvre dans une politique concertée.
La démagogie n’est pas loin quand on lance ainsi des propos incendiaires sur la place publique que constituent les réseaux, et de surcroît au nom d’une liberté d’expression que l’on n’aurait plus non plus dans les médias, eux aussi tous pourris ! Le parallèle avec le journalisme citoyen est rapide… Combien s’expriment aussi sur la toile aujourd’hui pour relater leur vision de l’actualité, en se démarquant des médias officiels dans lesquels leurs propos ne trouveraient pas place. Certes fondamentalement, il y a lieu de s’en réjouir quand cela élargit le débat citoyen… mais cela réclame alors de la part de ces acteurs amateurs, un savoir-faire et une conscience « professionnelle » qui n’est pas fournie avec l’hébergement du site ou du réseau dans lequel on s’exprime en toute facilité. Faire campagne sans fonder parti, proposer une vision politique généreuse sans assumer la responsabilité du pouvoir, c’est un peu facile. Et c’est très populiste… surtout si le réseau, finalement, fait s’exprimer ceux qui au comptoir du café du commerce auraient la gorge chaude sans que, pour autant, on puisse dénombrer ceux qui se tenant dans la salle désapprouvent silencieusement mais fermement les propos échangés.
La réponse des intéressés mis ici en cause sera sans doute rapide et à l’image des acteurs de la blogosphère qui pratiquent semblablement en développant leur ligne éditoriale : « Si cela ne vous plait pas, allez voir ailleurs ! ». A la différence toutefois qu’ici, par le fait que les amis de ses amis sont ses amis dans un réseau, l’internaute est bombardé des réactions et commentaires auquel participe son contact. Des débats auxquels il n’a pas personnellement toujours choisi de vouloir participer, mais qui s’invitent dans le flux d’actualité rapatrié automatiquement.
Le modérateur jette le gant
Trop lourde tâche alors pour le modérateur improvisé qui, interpellé en message privé par l’un ou l’autre de ses contacts, a préféré fermer la page Facebook infectée de virulence incontrôlable. Le débat se devait donc de trouver d’autres voies pour continuer de s’exprimer… des canaux finalement plus appropriés… où les interlocuteurs se choisissent désormais en toute clarté. Faut-il en conclure que le net ne convient qu’à l’expression d’un consensus mou, où qui se ressemble s’assemble pour s’auto congratuler en se pavanant ? Certes pas… mais sans doute y a-t-il des outils de communication qui ne conviennent pas à certaines expressions… le privé et le public, le généraliste et le dédié s’y mêlant dans une ambiguïté regrettable, les acteurs silencieux donnant peut-être alors à tort l’impression de souscrire aux propos échangés.
La morale s’apparenterait-elle finalement à une dénonciation des « grandes gueules » trop invasives dans la sphère publique ? Sans doute faut-il plutôt conclure qu’en matière de débat politique (comme en situation de journalisme citoyen, nous avions déjà proposé ce parallèle), il est peut-être facile de défendre des points de vue généreux mais théoriques qui n’ont que peu de chance de se voir un jour proposés au suffrage de l’électeur (ou à la sanction d’un lectorat exigeant). La sanction populaire n’aboutissant jamais, dans ce cas, il est très facile de s’auto satisfaire en cercle restreint, sans admettre que l’exercice de la chose publique est encore une autre affaire… un leurre que la pratique des réseaux sociaux risque de gonfler encore un peu plus et de façon illusoire. Qu’est-ce finalement que 1514 membres, (seraient-ils même tous d’accord avec la teneur des échanges…) face à la population globale constituée des quelque 120.000 namurois ? A ceux qui sont en campagne toute l’année, ne faut-il pas rappeler que la politique se décide par la voie des urnes… et pas dans les engueul… d’un groupe Facebook, quand bien même il s’y échangerait des vérités, incontestables aux yeux de plus d’un ?
E-conoclaste pédagogie
Troll de prof qui sabote le net pour venger l’école
Le pire sans doute, dans cette affaire de pédagogie contestable, c’est que les médias se sont emparés de l’affaire pour relayer les faits sans autre forme de procès. Aucune mise en perspective, aucun engagement éditorial pour mettre en cause ce que, comme parents à tout le moins, on trouverait inacceptable. Sauf que, justement, beaucoup de parents (dont on nous révèle qu’ils seraient plus de 45 % à espionner leurs enfants sur leur pratique web[1]) cautionneraient peut-être cette pratique faute de s’engager personnellement dans une vraie relation de confiance.
Loys Bonod, prof de lettres du lycée Chaptal de Paris, ne s’en cache pas, « il a tendu sa Toile, a « pourri » le web pour piéger ses élèves et y a même pris un certain plaisir »[2]. Sa « petite expérience amusante » a fait rougir (de honte) ses élèves, lesquels conclut-il « n’ont pas la maturité suffisante pour utiliser le numérique, […] une technologie dont on tirera profit à condition d’avoir formé son esprit sans elle ! »
« Il a truffé la toile d’informations erronées et plus de trois quarts sont tombés dans le panneau » reprendra La Nouvelle République, qualifiant les élèves (et non le professeur !) de « fraudeurs ».
La finalité avouée, on le lui accordera, était peut-être louable : conduire les élèves vers plus d’autonomie, l’expression d’une pensée personnelle, une plus grande confiance en soi. Dénoncer aussi les sites qui vendent des corrigés de devoirs. Mais pour se faire, il a choisi de trafiquer des sites, de publier des âneries et a, de ce fait, introduit le soupçon dans la relation pédagogique.
L’enseignant[3] qui se targue aujourd’hui d’avoir acquis par ce stratagème une belle réputation dans son lycée, a bénéficié largement d’interviews dans les médias. A Libération, il confie assez paradoxalement ce constat sur la profession enseignante : « «Je ne suis plus professeur, je suis devenu détecteur de fraudes. C'est une rupture de confiance entre le professeur et l'élève qui est très triste», a-t-il ajouté, tout en précisant qu'il ne voulait pas stigmatiser les élèves mais plutôt montrer qu'il faut «une éducation à internet»[4] (NDLR : se rend-t-il compte qu’il a joué à l’arrosé arroseur et de quelle Education aux Médias parle-t-il ?). Au Nouvel Obs, il confie : « Il faut simplement que les élèves apprennent à travailler seuls sur les épreuves qui le nécessitent. On n’a pas besoin de travailler à plusieurs sur un commentaire de texte. Je n’ai absolument aucune hostilité vis-à-vis du web, je tiens une fois de plus à le préciser. D’ailleurs, j’admets sans problème ne pas avoir respecté la charte de Wikipédia mais il faut aussi reconnaître que cet instrument a ses limites, et que même pendant de courts instants, chacun peut y poster ce qu’il veut. Le travail collaboratif en ligne doit aussi pouvoir être critiqué, comme n’importe quel autre type de travail [5] ».
Sans doute les médias ont-ils été en phase avec cette intention, eux qui la plupart du temps, se sont contentés de paraphraser la prose de l’enseignant parue sur le site de Rue89… reprenant en quasi copié/collé les mots mêmes de la conclusion du prof e-conoclaste… sans autre positionnement personnel, le plus souvent ! (Les journalistes devraient-ils aussi être formés à l’expression d’une pensée personnelle ?)
Si bien que ce n’est que dans le monde de la pédagogie éveillé à l’usage des Tices que le procédé a finalement été débattu et critiqué[6], encensé par les uns et mis à mal par les autres. Il ne s’agira pas ici de rendre compte paritairement des propos respectifs, mais bien de prendre parti en élargissant le présent cas d’école à l’examen de l’option pédagogique qui la sous-tend. Plusieurs procédés sont mis en œuvre dans cette expérience. Evoquons-en quelques uns et prenons-en la mesure pédagogique… en n’éludant pas la dimension éthique.
Le premier et le plus déstabilisant, c’est le piège tendu dans le cadre de la relation de confiance que l’enseignant se doit d’avoir avec ses élèves. Peut-on apprendre de quelqu’un dont, par ailleurs, on devrait se méfier. L’éducateur (prof, mais aussi parent) n’est-il pas celui auprès de qui trouver refuge et compréhension ? Comment se mettre à l’école de quelqu’un s’il transgresse lui-même les règles ? Y a-t-il une différence entre le présent procédé et la distribution en classe de syllabi qui contiendraient volontairement des erreurs… à charge de l’élève de recouper avec d’autres sources pour se faire un avis définitif ? Damien Babet[7], enseignant, est encore plus explicite quand il compare le geste de Loys Bonod à celui d’un « président qui financerait des attentats pour se faire réélire, un magazine qui publierait de faux articles pour critiquer la presse, des parents qui frapperaient leurs enfants pour leur apprendre la vie ». « Pourriture pédagogique » conclut-il.
Jusqu’où la mystification est-elle à l’œuvre ? C’est la question que se pose Cyrille Borme[8] depuis qu’il a reçu sur son blog des commentaires d’élèves de Bonod, suite à la désapprobation qu’il publiait sur toute l’affaire. Si L.B. a pourri le we, on est en droit de se demander légitimement s’il n’est pas aussi capable de « se faire passer pour ses élèves pour donner du grain à moudre à son idéologie ». C’est en ce sens que s’exprime Debianeux, en commentaire : « Pourrisseur un jour, pourrisseur toujours. Utiliser de mauvaises méthodes pour en dénoncer d'autres n'est, selon moi, pas la bonne solution. Et dans ce cas-ci, c'est l'enseignement (et sa crédibilité) qui en paie hélas le lourd tribut... » . On lira avec grand intérêt, tout au long des commentaires postés en contrebas, la débâcle d’incrédulités engendrée par cette mystification qui se voulait pédagogique. Les élèves de Loys Bonod viendraient à son secours… Mais est-ce bien eux qui s’expriment ? Lamentable d’arriver à un tel degré de suspicion mais inévitable finalement !
Il y a aussi la détérioration d’un fonds documentaire accessible et utile par ailleurs à d’autres utilisateurs non concernés par « l’expérience amusante ». Eric Delcroix[9] maître de conférence à Lille III s’en émeut. Son analyse est critique : selon lui, « c’est plutôt Loys Bonod qui n’a pas la maturité pour utiliser le numérique en classe ». On peut y voir un écho du ton caustique de cette affiche placardée dans sa classe par un collègue canadien (l’anecdote est-elle vérifiable ?) et qui disait « Si un enseignant a peur d’être remplacé par des machines… c’est qu’il mérite de l’être ! » Le ton du pédagogue lillois est virulent et son diagnostic définitif quand il interpelle le praticien parisien : « Si vous avez besoin de tenter de prouver que les professeurs peuvent parfois maîtriser les nouvelles technologies aussi bien qu’eux, voire mieux qu’eux, moi j’aime parfois que les jeunes me prouvent qu’ils sont meilleurs que moi dans les nouvelles technologies ».
Car on le comprend, c’est du positionnement pédagogique dont il est question, bien au delà de l’anecdote « amusante » de terrain. Yann, enseignant de Bar sur Aude (Troyes) sur son blog pédagogique « Ralentir Travaux[10] » est très clair : « Et plus je lisais cet article, plus je me disais que je faisais exactement le contraire. Depuis cinq ans, je m’efforce de nourrir internet, d’y apporter tout ce qui permettrait à mes élèves d’apprendre, de comprendre, de se documenter, d’obtenir de l’aide, de s’entraîner, de réfléchir, etc. Ma démarche est exactement l’inverse de celle prônée par l’auteur de cet article. Je veux que mes élèves n’aient pas à s’inscrire ni à payer pour obtenir une information qui plus est erronée. Je veux que mes élèves sachent où chercher, raison pourquoi je mets tous les liens des sites qui me semblent fiables. Je veux que mes élèves puissent me contacter dès qu’ils achoppent sur une notion, qu’ils puissent retrouver tous mes cours, faire des exercices, etc. Tout cela s’appelle Ralentir travaux, et certainement pas Pourriture du web. »
Combien de temps passé à la construction de ces ressources fallacieuses aussi, qui aurait pu être consacré à l’apprentissage technologique dans un tout autre état d’esprit ? Car l’investissement réclamé par cette stratégie maléfique est conséquent, on s’en rend compte à la lecture des 5 étapes suivies pour tisser cette supercherie. Si l’intention était véritablement de montrer combien il est facile d’investir le web pour y publier n’importe quoi et manipuler les esprits, il aurait alors pu y réfléchir AVEC ses élèves et non CONTRE eux. Il aurait pu montrer en classe comme il est de fait aisé d’écrire dans Wikipédia… mais éveiller alors en même temps à la responsabilité éditoriale, à l’honnêteté intellectuelle, au nécessaire consensus à atteindre dans la formulation d’un savoir collectivement construit. De vraies valeurs éducatives, en somme. Et s’il estimait devoir montrer l’aisance du vandalisme (car c’est bien de cela qu’on parle) il aurait pu, par le fait, même éduquer à la probité intellectuelle. Caviarder une source en ligne ?... on peut même imaginer s’y essayer, à titre d’exercice… mais l’éthique eut alors réclamé que l’on ne passe jamais de la prévisualisation à la publication. On peut semblablement travailler le thème de la rumeur, bien présente sur le net, s’en approprier les caractéristiques qui en font un genre littéraire à part entière, en fonder une typologie qui les classe selon les thèmes, les frayeurs, les publics, les gains supposés… on peut même demander à titre d’évaluation, d’en composer une qui réponde à toutes ses codes[11]… Un travail finalement très formateur pour le jeune internaute qui est bombardé de ces spams à longueur d’année et qui doit apprendre la mise à distance critique. Mais, on l’aura compris : pas question de disséminer ensuite sa créativité sur les réseaux et d’y discréditer toutes les productions réfléchies qui sont l’œuvre de rédacteurs plus consciencieux !
Si le passage à l’acte a été consenti, c’est aussi parce que l’enseignant a pour les médias modernes une piètre considération. Il dit : « Pour ce qui est de ma discipline, les lettres, après avoir pesé le pour (peu d'avantages) et le contre (d'immenses inconvénients), c'est avec lucidité que je me suis forgé ma propre conviction : il faut entrer dans le web le plus tard possible. A mon sens l'éducation au web n'est pas nécessaire : nous en sommes, nous les autodidactes du numérique qui appartenons aux générations précédentes, les meilleurs exemples »[12].
La vraie culture, la vraie éducation, serait donc affaire d’enseignement scolaire… le reste viendrait de surcroît et ne contiendrait que très peu de choses intéressantes. Comme le reprend Yann –déjà cité- : « l’école serait l’opposée d’internet, l’école émancipe tandis qu’internet asservit ». Cette posture intellectuelle nie, sans mesure aucune, la nature des communications qui s’établissent aujourd’hui à l’aide des réseaux. Tout en rappelant que le net n’est qu’un outil, un vecteur au service de la relation que l’on veut bien lui faire jouer, il y a lieu d’identifier toutes les nouvelles stratégies de mises en situation d’apprentissages qui peuvent découler de ses usages. Mais les opportunités pédagogiques ne peuvent être pressenties que par un changement paradigme. L’enseignant 2.0 est quelqu’un qui propose de construire ensemble des savoirs plutôt que de se concevoir comme le détenteur d’un savoir acquis de longue date et le dispensateur éclairé de la bonne manière d’en énoncer la formulation. L’expérience du pendule de Foucault, par exemple, nous est acquise depuis 1851, mais au delà du livre, le multimédia et l’internet permettent de revisiter avec beaucoup de créativité les stratégies pédagogiques de son appropriation.
Une vérité fondamentale semble échapper à Loys Bonod, quand il dit : « Je tire profit du numérique parce que l'école m'a donné des capacités de raisonnement, une culture personnelle et par conséquent la distance critique nécessaire pour appréhender le web. Voilà ce qui peut vraiment servir à mon sens, d'éducation au web ». Il oublie que sa formation, il la doit à des professeurs dévoués, honnêtes et compétents, et non seulement aux savoirs enfermés –un peu stérilement aurait dit Socrate[13]- dans des livres. C’est le pédagogue qui invente la séquence d’apprentissage et non l’outil principalement. Et si les outils évoluent, alors certes les enseignants sont-ils confrontés à une nécessaire mutation de leurs pratiques, mais ils restent les détenteurs de la créativité pédagogique.
« Pour enseigner les maths à John, il faut connaître John autant que les maths [14] ». On sait cela de longue date ! Et aujourd’hui plus qu’hier sans doute, connaître John, c’est connaître son monde, ses pratiques, ses outils, ses loisirs… et les embarquer dans l’aventure pédagogique comme des ressources. Mais sans doute est-ce là la nature du divorce entre Bonod et ses opposants : le prof de lettres est-il prêt à ce changement de paradigme qui l’invite à descendre de son estrade de transmetteur de savoirs ? A-t-il perçu qu’il se passe des choses intéressantes quand on confie aux élèves la responsabilité de leurs apprentissages ? Est-il convaincu que les outils n’étant que des canaux, il est donc possible de s’en servir pour instrumenter ses options pédagogiques ? Pensera-t-on vraiment que la maturité nécessaire à l’usage critique des nouvelles technologies découle tout naturellement d’une formation à la culture classique d’antan ?
Si l’exercice sur Vion d’Albray (cet auteur dont quasi tout l’internet ignorait l’existence avant que Bonod n’en crée les traces mensongères) n’a pas produit les effets escomptés, la cause est-elle dans l’usage plagiaire des nouvelles technologies ou plutôt dans l’ignorance des pré-requis réclamés par le travail imposé ? Travail dont on peut se demander s’il fait à tout le moins sens chez les élèves quand on voit le peu de retentissement de l’œuvre de l’auteur sélectionné. Mais peut-être que Loys Bonod en est encore à dispenser son enseignement pour la seule élite de la nation capable de percevoir le bien-fondé de ses choix littéraires comme a propos pédagogiques. Enseigner de la sorte à des nantis qui n’ont peut-être tout comptes faits pas besoin d’enseignant… juste peut-être de balises, c’est sans doute facile. On comprend alors l’analyse qu’en fait Damien Babet : « L’école soumet les élèves à des injonctions contradictoires : pensez par vous-même, répétez ce qu’on dit. Prenez des risques, ne vous trompez pas. Apprenez par cœur, ne plagiez jamais. Ces contradictions sont structurelles, inscrites dans les fonctions ambivalentes de l’institution. D’un côté, on impose aux élèves une culture dominante de pure autorité. De l’autre, on leur demande d’entretenir la fiction selon laquelle cette culture est librement choisie, aimée, appréciée comme supérieure par tous. La bonne élève, c’est celle qui a le bon goût de sincèrement aimer Flaubert. » Il y a un public pour cela, dans certains lycées et collèges. Il y a des enseignants qui conçoivent leur métier de la sorte. Il semble même qu’ils se donnent la réplique sur un site internet[15] où notre Bonod a été largement soutenu. Mais faut-il leur donner le mot de la fin ?
Car il est temps de conclure. Cette expérience date d’il y a trois ans, et on peut se demander ce que cherchait Loys Bonod en la révélant récemment au grand public sur le site contributif « Rue89 »… si ce n’est une sorte de validation ! Mal lui en pris. Yann –déjà cité- tire la leçon de cette malversation pédagogique : « Quelque talentueuse que soit la démonstration, elle n’est pas dépourvue d’une certaine perversité. Semer des erreurs sur un texte et un auteur dont les élèves ignorent tout ; attendre d’eux, dénués qu’ils sont, qu’ils se fourvoient dans le piège tendu pour ensuite jeter le blâme sur des procédés auxquels on s’attendait qu’ils s’adonnent et qu’on a même favorisés, si cela n’est pas de la manipulation, de la perversité… ». Le doute étant semé, plus possible de faire machine arrière. Plus aucun crédit n’est possible quand la probité intellectuelle n’est plus de mise. C’est également ce que devraient méditer ces nombreux parents qui recourent à l’espionnage de la navigation de leurs ados au lieu de construire une démarche éducative basée sur la confiance. Et nous ne résistons pas à l’envie d‘inviter le lecteur à poursuivre cette réflexion par la lecture de l’excellent texte de Bruno Devauchelle : « Et si on faisait davantage confiance aux jeunes ? » [16].
[1] http://www.francesoir.fr/loisirs/nouvelles-techno/facebook-45-des-parents-espionnent-leurs-enfants-221869.html
[2] « J’ai rédigé un pseudo-commentaire, le plus lamentable possible, avec toutes les erreurs imaginables pour un élève de Première, et même quelques fautes d’orthographe discrètes, tout en prenant garde à ce que ce commentaire ait l’air convaincant pour quelqu’un de pas très regardant ou de pas très compétent. Pour les amateurs de littérature ou les professeurs de lettres, ce corrigé absurde est d'ailleurs assez amusant. J'avoue avoir même pris un certain plaisir à le rédiger. » dans : http://www.rue89.com/2012/03/22/jai-piege-le-net-pour-donner-une-lecon-mes-eleves-230452
[4] http://www.liberation.fr/societe/01012397949-un-prof-de-lettres-piege-ses-eleves-qui-recopient-sur-internet
[5] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/509617-prof-j-ai-trafique-des-pages-web-pour-pieger-mes-eleves-tricheurs.html
[6] http://alatoisondor.wordpress.com/2012/03/25/eduquons-a-lesprit-critique-pas-au-mepris-du-travail-des-autres/
[8] http://www.cyrille-borne.com/index.php?post/2012/03/23/Comment-il-a-pourri-le-web-et-un-peu-plus-encore
[9] http://leszed.ed-productions.com/et-si-les-enseignants-navait-pas-la-maturite-pour-tirer-profit-du-numerique/
[11] C’est Alexandre Jardin qui rapporte le témoignage de cette institutrice – Mme Folichet- qui avait une manière originale de faire apprendre la correction orthographique. Dans : Chaque femme est un roman, Grasset, Paris, 2008. Pages 113-114 : Dé-désormais, vous su-su-birez deux ffois la même dictée. La p-p-première fois, je vous de-de-demanderai de faire le plus grand nombre possible de fautes d’orthographe, de conjugaison et de grammaire. La deu-deuxième fois, vous en ferez le moins possi-ssible.
[12] dans les 260 réactions Néoprofs (22*12), cette Petite mise au point de L. Bonod, prof de Lettres classiques au lycée Chaptal : Message par Luigi_B le Mer 21 Mar 2012 - 18:20
[14] Entre autres évocations : http://www.meirieu.com/DICTIONNAIRE/connaitre.htm
Il est des textes que l'on aimerait avoir écrit
Vous retrouverez (pour longtemps j'espère) ce texte de Bruno Devauchelle sur son blog. Mais si d'aventure, il devait disparaître... je voulais qu'il soit sauvegardé, tant je m'y retrouve et souhaite aussi le faire savoir. Je re-publie donc aussi, car l'esprit dans lequel je lis ces lignes est habité de deux phénomènes récents sur lesquels je me promets bien de revenir :
- Un enseignant a pourri le web pour piéger ses élèves !
- plus de 40 % des parents espionnent ce que font leurs enfants sur le web
Merci donc à Bruno Devauchelle pour ce texte qui devrait figurer dans toutes les salles de profs !
"Le développement des usages du numérique, en particulier des réseaux sociaux et autres moyens de communication est accompagné très souvent de comptes rendus de situations difficiles, parfois graves, de dérives pouvant générer des craintes chez les lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs. Cependant, rapporté aux nombre d’usagers, ces phénomènes sont extrêmement marginaux en quantité. L’effet loupe est ici en pleine action. Malheureusement ces propos génèrent des effets complémentaires qui vont bien au delà, du moins le disent-ils, des intentions de leurs auteurs. Le monde enseignant, pas plus et pas moins qu’un autre, est vulnérable à ce genre de propos. Mais cette profession qui travaille auprès d’un public souvent dénoncé comme fauteur de troubles, les jeunes, se doit justement de prendre ses distances et tenter de se situer à la bonne distance par rapport aux propos diffusés.
Au delà des conflits générationnels récurrents, apparaît un phénomène que l’on trouve parfois chez des jeunes enseignants, l’absence de confiance a priori envers les jeunes. En d’autres termes, le regard qu’ils ont sur les jeunes des classes dans lesquelles ils enseignent est d’abord fondé sur le fait qu’il faut se méfier d’eux. Cette méfiance se traduit assez directement par l’importance qu’accordent ces enseignants au renforcement des règlements, sanctions et punitions mais aussi des structures et personnels chargés d’assurer l’application de ces cadres. Nombre de Conseillers Principaux d’Education rapportent cette observation d’enseignants qui en arrivent à leur envoyer de plus en plus souvent des élèves pour les sanctionner.
Le numérique, et sa cohorte de discours dénonçant des dérives, apporte de l’eau au moulin à ces conceptions. En élargissant le champ des possibles, en évitant le face à face direct, en permettant un relatif anonymat, Internet potentialise des comportements qui peuvent faire craindre la généralisation de faits comme l’impolitesse, l’injure, la dénonciation anonyme etc… Le jeune enseignant est plus vulnérable face à des élèves du fait de l’écart d’âge réduit qui peut amener à des confusions. Mais se raidir a priori est-il un moyen de se prémunir ou au contraire un amplificateur de ces dérives ? La difficulté est donc bien de trouver la bonne distance, en sachant par avance qu’elle sera constamment mise en cause, à réévaluer, à resituer avec le fil des évènements.
L’observation de l’attitude des jeunes entre eux face à Internet devrait pourtant nous donner des informations intéressantes : l’auto-régulation, la co-formation, l’entr’aide sont bien plus fréquentes que l’inverse, au sein d’un cercle de relations assez proches. De plus, chacun de nous, en vieillissant, a tendance à oublier sa propre histoire, ses propres dérives adolescentes, réelles ou imaginaires. L’histoire des conflits générationnels ou au moins de leurs représentations se répète pourtant régulièrement. Si on interroge aujourd’hui des adultes de 45 à 55 ans sur ce que l’on disait d’eux à l’époque où ils étaient adolescents, ils sont étonnés de constater les discours tenus d’une part, et la réalité de ce qu’ils sont devenus. Et si l’on poursuit de manière plus approfondie l’analyse des parcours de vie on s’apercevrait que ce qui caractérise le plus les étapes difficiles qui ont été surmontées dans la jeunesse l’ont été grâce à la confiance : celle des autres envers soi, celle de soi envers les autres, celle de soi envers soi.
Assez souvent ce que l’on appelle confiance est surtout de l’inconscience. L’une des caractéristiques des comportements limites des adolescents est qu’ils s’effectuent en dehors de la vue des adultes encadrant. Des parents déclarent souvent faire confiance à leurs enfants, ce qui est particulièrement intéressant à entendre, mais l’observation montre qu’il s’agit parfois d’une confiance par incapacité. Le fait que la plupart des parents ignorent ce que leurs enfants font des objets numériques dont ils les ont dotés est une bonne illustration de ce déplacement. Car la confiance n’est pas la méconnaissance et encore moins l’inconscience. La confiance c’est d’abord le « pouvoir dire ». En matière de numérique c’est le « pouvoir dire » mes pratiques, échanger à leur propos avec d’autres, sans crainte, mais sans complaisance. Un enfant qui se sent « en confiance » n’hésite pas à dire aux adultes qui l’entourent ce qu’il fait. Mais un enfant qui se sent délaissé peut construire progressivement, à force d’impossibilité de parole, un espace clos, étanche, fermé aux autres et aux adultes, les plus proches en particulier.
Dans la classe, la parole, le pouvoir de dire est essentiel. Combien de jeunes n’osent pas répondre, combien de jeunes préfèrent ne pas prendre la parole. Et paradoxe, ceux qui sont le plus à l’aise ont tôt fait de se voir marginalisés par leurs collègues (intellos, fayots etc…). Comme si la norme c’était l’absence de confiance de l’adulte et que le comportement adapté était le repli, le silence. Le fait qu’avec le numérique une nouvelle forme de parole peut circuler pourrait être un fait intéressant. On remarque en particulier que les élèves et les enseignants qui communiquent par des canaux personnels (mail etc…) à distance y trouvent un regain d’intérêt et de confiance. Pouvoir s’adresser en direct à son prof serait plus facile sur Internet que dans la classe ? En tout cas de nombreux témoignages attestent de l’intérêt pour ces nouvelles communications qui permettent d’enlever le cadre formel et enfermant que peut constituer la classe traditionnelle. On peut aussi considérer que la façon de « faire classe » induit aussi ces comportements chez les élèves. Les méthodes pédagogiques qui engendrent de l’affrontement de la concurrence sont elles davantage porteuses de ces comportements de défiance ? Les méthodes participatives et coopératives au contraire permettent-elles d’apaiser les relations et des renforcer la confiance ? Trancher trop rapidement vers l’un ou l’autre serait oublier que la confiance tient d’abord dans le regard que chaque individu porte sur l’autre, et ce quelque soit le contexte. C’est lorsque ce regard se modifie que les contextes renforcent les effets de méfiance.
Internet et le numérique engendrent des discours de perte de confiance de la part de certains. Mais au delà des techniques, dont la forme modifie les contextes de travail, c’est l’humain qui doit parvenir à en domestiquer voire à en transformer les potentialités au service de sa vision. Si je n’ai pas confiance, je vais demander des règles, des lois des sanctions de plus en plus dures. Si j’ai confiance, je vais faire en sorte que les techniques se mettent au service de la possibilité de dire et non pas l’inverse. Certes certaines formes techniques engendrent des dysfonctionnements de par leur fonctionnement qui parfois « exclusivisent » la relation à l’objet (quand on a le regard rivé sur son écran de proximité tout en étant en conversation avec quelqu’un d’autre). Ces comportements, de même que ceux qui génèrent une absence de politesse minimale par exemple, sont bien issus d’une discipline personnelle, d’une sorte d’éthique de la relation, qui est bousculée par des techniques qu’on laisse prendre la place. Dès lors que je ne laisse pas remplacer la parole échangée par l’exclusivisme, j’ai des chances non pas d’avoir à mettre en place des règlements, mais plus des codes de conduites mutuelles, parfois explicites, mais souvent implicites. Le texte de loi à tendance à être rédigé quand les mots ne servent plus à contenir l’humain, même en ligne. Faisons confiance aux jeunes !"
Les dangers d’Internet
Au risque de (ne pas) vous faire peur
Internet et les jeunes : un thème fréquemment repris dans les médias. Les journalistes font volontiers échos à des situations qui ne sont pas pour autant représentatives mais dont le caractère sensationnaliste permet de développer des discours à l’emporte-pièce : un problème à décrire, un expert à interviewer, une solution à envisager… Et si possible simple, la solution : un logiciel, une procédure d’évitement ou encore un dépôt de plainte auprès de services spécialisés ayant pignon sur rue. Si les médias sont routiniers de ce processus simplificateur, qui diabolise plus qu’il n’explique, il incombe alors au lecteur –surtout s’il est éducateur- de faire preuve de vigilance.
Je connais des jeunes qui se promènent avec, dans leur cartable, une panoplie complète de couteaux. Des petits, mais aussi des grands. Super aiguisés. Je ne vous mens pas ! Bien plus affûtés que les crans d’arrêt qui justifieraient votre arrestation sur le champ. Eux ne le crient pas sur tous les toits bien sûr, et trimbalent ainsi leur arsenal y compris dans les transports en commun. Je sais même qu’ils franchissent l’enceinte de l’école avec leur fourbi et que les profs ne disent rien ! A frémir. Ah… j’oubliai de vous dire, ils sont élèves en section boucherie et apprennent à manier leurs outils professionnels comme des chefs… bouchers.
Ouf, direz-vous… Vous pensiez « danger » et comprenez finalement que le « risque » est contrôlé. En effet, la possession desdits couteaux est légitime et les consignes d’usage de ceux-ci ne sont pas établies à la légère. Des protections sont envisagées (gravure d’identification, emballage sécurisé, gantelets de métal lors de la découpe, etc.). Une charte d’atelier sert de référent qui interdit tout geste déplacé et sanctionne toute blague « à l’arme blanche ». Et l’on imposerait des dispositions spécifiques s’il apparaissait que la personnalité de l’un ou l’autre élève au sang chaud justifie d’en prendre. En effet, posséder de telles « armes » constitue un danger certain. Mais on a réduit à son minimum la part de risque qui en découle… car s’il y a danger bien réel, on sait qu’il est légitime pour mettre en place l’art de la découpe.
Dans d’autres sections, des élèves travaillent avec des scies à rubans ou des toupies, des presses hydrauliques. D’autres étudiants s’élancent au sommet d’échafaudages de chantier, certains apprennent à conduire des semi-remorques. Il en est même que l’on autorise à aller sur Internet… c’est dire la multiplicité des dangers que l’école affronte au quotidien pour atteindre les objectifs d’un enseignement « branché sur le réel ».
Le danger de la vie
Il n’y a qu’au cinéma que « La vie est un long fleuve tranquille »… C’est un humoriste très philosophe qui disait : « La vie ? On n’en sort pas vivant ! ». Elle comporte bien évidemment des dangers. Ceux-ci sont parfois même mortels et la prudence veut alors que l’on tente d’en réduire les risques pour ne pas s’exposer excessivement.
Il y a des dangers manifestes. Ceux qui sont naturels : la foudre, les précipices, l’hydrocution, les raz de marée… et ceux qui découlent d’inventions intéressantes mais ambivalentes dans leurs conséquences : les armes à feu, la haute tension, l’énergie nucléaire… Et dans un domaine moins matériel : tous les « ismes » indicateurs d’excès politiques, économiques, etc.. Autant de dangers contre lesquels l’éducation tente de prémunir.
Les risques provoqués par les dangers naturels se réduisent –sans disparaître totalement d’ailleurs- par une meilleure compréhension des phénomènes en présence et la mise en place de parades plus ou moins appropriées. Par contre, pour les inventions humaines présentant un degré de dangerosité, on s’aperçoit que ce sont plutôt les finalités d’usage qui sont à surveiller de près. Et là non plus, on ne supprimera pas tous les risques. Car certaines situations peuvent se révéler diantrement complexes : Quelle différence déceler en effet, entre le nucléaire civil et militaire… si ce n’est en connaissant la motivation du scientifique. Quelle régulation mettre en place pour s’assurer que la demande de port d’armes à feu est faite par un passionné du tir sportif et non par un terroriste en puissance ? Et faut-il délivrer le permis de conduire aussi parcimonieusement qu’un permis de port d’armes quand des chauffards roulent à tombeau ouvert sous l’influence de substances toxiques, menaçant sans vergogne la vie des autres citoyens ? Car, avouez qu’en matière de dangers au quotidien, la vie ne nous fait pas de cadeaux ! N’est-ce pas ce que nous rapportent les médias tous les jours dans les colonnes des quotidiens et à longueur de JT.
Et sans doute est-ce par cette porte médiatique qu’il y aurait lieu d’entrer plus avant dans notre problématique : les dangers de l’Internet. Ouvrez votre gazette, écoutez votre radio ou suivez le JT… on ne vous parle que de dérapages sur Facebook (des employeurs qui écarteraient des candidatures à l’embauche de jeunes qui n’ont aucune réserve dans ce qu’ils publient en ligne), que de réseaux de pornographie infantile, de harcèlement sexuel en ligne, de vols d’identité numérique ou de données personnelles, de pièges au commerce en ligne, quand ce n’est pas même de « cyberdépendance » !
Trash à la Une des médias
Oublierait-on que les médias ne se vendent que parce qu’il y a des trains qui arrivent en retard ? A tel point d’ailleurs, qu’ils en font leur fonds de commerce pour ne plus envisager que ces situations anormales en les présentant comme la teinte dominante de notre quotidien : des dérapages, des accidents, des faillites, des incendies, des suicides, des catastrophes naturelles et des conflits socio-économiques ou militaires… Rien que de la mauvaise nouvelle… car les trains qui arrivent à l’heure n’intéressent personne et que le jeune éléphanteau né en captivité n’a d’intérêt que pour alimenter une séquence « rose bonbon » quand la grand messe télévisuelle se termine.
Certes, dire que l’usage des nouvelles technologies est sans danger serait sans doute faire preuve de peu de jugement. Mais si on veut être rationnel, ce qu’il faut prendre en considération, quand on s’interroge sur les dangers (ceux d’Internet mais les autres aussi), c’est la fréquence de ces dangers, leurs conséquences réelles et la gravité de l’impact sur la victime. Ce que l’on nommera du terme global : le facteur risque… la proportionnalité avec laquelle vous encourrez la malchance d’une confrontation au danger et l’impossibilité éventuelle de développer la parade qui le réduirait ou vous le ferait assumer sans trop de dommages.
La vulnérabilité de la victime potentielle fait qu’un même danger peut être apprécié différemment selon les personnes. Adultes ou enfants, par exemple. Et la probabilité d’être exposé entre aussi en ligne de compte dans l’appréciation. Un ou deux exemples seront plus parlants : un accident d’avion est souvent fatal… C’est un grand danger, que l’on soit adulte ou enfant, d’ailleurs… Mais sa fréquence est relativement faible (les statistiques l’établissent assurément). Par contre, un accident de vélo est moins préjudiciable, mais sa probabilité est sans aucun doute plus grande chez l’enfant qui apprend à rouler. Et les conséquences qui en découlent ne sont pas identiques pour lui et pour l’adulte plus costaud qui aurait de surcroît développé des compétences de cascadeur. On peut s’aguerrir donc, face à certaines situations menaçantes.
Le danger, c’est les autres
Pourtant, si des apprentissages appropriés peuvent aider à la réduction du degré de dangerosité de certaines situations, il n’en demeure pas moins vrai que le facteur risque n’est pas totalement contrôlable. Ainsi, le conducteur –jeune ou moins jeune- qui pilote prudemment son véhicule à deux heures du matin, dans la nuit de vendredi à samedi, court malgré tout un risque plus grand qu’en semaine, d’être embouti par un autre automobiliste. Sauf à renoncer à toute sortie les vendredis soir, le risque zéro n’existe pas. C’est la conclusion navrante mais réaliste à laquelle se rendait le papa de cet étudiant écrasé par un char du cortège de la Saint-Verhaegen : « Notre fils était un enfant prudent. Je l’avais mis en garde, mais avait autorisé sa participation au cortège. La vie n’est pas sans risque. Ce qui nous arrive est dramatique, mais c’est la faute à pas de chance ».
Et l’Internet alors ? Quels en sont les dangers ? Qui est potentiellement menacé ? Comment réduire le facteur risque de chacune de ces situations ?
Virus et contenus sensibles
Les dangers liés à l’usage du net peuvent se répartir en deux catégories : d’une part les dangers technologiques qui découlent de l’interface (problèmes hardware et software) et d’autre part les relations interpersonnelles polluantes, voire perverses, au sein des usages. Car si l’on parle de virtualité, on est malgré tout bien dans une transposition réelle du monde sensible. Et les médias sont sans aucun doute plus portés sur le récit de mésaventures liées aux usages interpersonnels. Ainsi, mauvaises rencontres, mystification et arnaques en tout genre connaissent leur déclinaison en ligne. Pourquoi donc le monde numérisé serait-il épargné de la duplicité de certains ? Mais donc, à ce moment, il ne s’agit pas de commenter des risques spécifiques. Tout au plus, faut-il admettre et gérer -jusque dans nos salons, il est vrai- une visibilité amplifiée de ces dérapages. Le plus emblématique est sans doute la présence en ligne de toutes les déclinaisons de l’éros dans notre société. Si la vie d’antan parvenait à contenir cette dimension de l’agir humain dans des alcôves plus ou moins confidentielles, il faut bien admettre que les verrous ont lâché depuis qu’un simple mot clé mis dans un moteur de recherche autorise la confrontation avec des images (et donc aussi des vidéos) à tout le moins explicites. En soi, on pourrait y voir un simple renforcement de la nécessaire éducation affective et sexuelle pour éduquer les plus jeunes… mais il est clair que les pratiques plus limites auxquelles on a accès aujourd’hui sur les écrans réclament de plus en plus, et de plus en plus tôt, un discours très… prosaïque. En effet, au delà de l’érotique, il y a le pornographique et ses adjuvants : le voyeurisme, l’exhibitionnisme, les comportements sado-masochistes, la zoophilie, etc. C’est de plus en plus tôt qu’il faut maintenant mettre des mots et des appréciations morales sur ces comportements. Mais ne nous trompons pas de cible : ceci n’est pas dû au développement des technologies. Il s’agit là de pratiques d’adultes, exercées aussi souvent par des parents qui ont en charge l’éducation de leurs propres enfants, et qui, pour certains, font peut-être aussi profession de l’acte d’enseigner. Rappelons, si la chose était nécessaire que le harcèlement sexuel (et l’inceste, mais l’exemple relève du pléonasme) sont d’abord vécus en famille avant que d’être le fait de relations extra familiales. Voilà désormais le monde auquel il faut éduquer de plus en plus tôt !
Mais l’amplification de la visibilité de l’érotisation de notre société aurait bon dos si elle devait décrire à elle seule les dangers de l’Internet. Car, sous couvert de dimension sexuelle, on cacherait alors des dérapages tout aussi conséquents au contenu toutefois moins tabou : la publication de contenus racistes et xénophobes, le vol d’identité numérique et des données à caractère personnel, la fraude commerciale en ligne, etc.
Eduquer avant toute chose
Plutôt que de décrire le mode opératoire de ces arnaques, il y a lieu de se pencher en priorité sur les parades qui peuvent être enseignées, ou plutôt mises en place par l’exemple, dès le plus jeune âge. La vigilance critique face à des sollicitations prônant les gains faciles, le succès sans effort ou faisant la promotion d’attitudes plus contestables en se référant à des notions d’élitisme, de domination, de fraude, etc. et, à l’inverse, la sensibilisation aux valeurs morales fondamentales de respect de soi et d’autrui, de solidarité, de patience et de modération… s’installent dans les patrons de comportements du petit d’homme bien avant qu’il n’aille sur le net. Ce n’est que plus tard, en transposant sa vie réelle sur les écrans qu’il sera amené à continuer d’y vivre les attitudes auxquelles il aura été initié dès son plus jeune âge. Qu’il s’agisse alors d’un spam (courrier non désiré), d’un site Internet au contenu douteux ou d’une proposition d’activité illégale ou perverse, il n’aura guère de difficulté à mettre en place la parade technique (rappelons que la plupart du temps, ce sont ces « digital natifs » qui expliquent à leurs parents comment se servir de l’outil). Ce qui, par contre, aidera le jeune à choisir le bon geste technique plutôt que de déraper, lui viendra de son éducation et de l’adhésion aux valeurs morales que lui aura enseigné très tôt son cadre de vie.
Rester ouvert à tout prix
Et dans ce cadre éducatif, relevons la dimension essentielle du dialogue ouvert et confiant. Si l’on diabolise Internet et qu’on l’assortit de toute une série de recommandations castratrices, voire d’interdits, il y a de fortes chances que le jeune développe une attitude de déni et renonce à se confier aux adultes… ce qui serait sans doute la pire des choses. Il faut qu’à tout moment, le jeune déstabilisé par une expérience sur le net puisse en parler avec des éducateurs qui lui gardent sa confiance quoiqu’il ait fait !
Les dangers cités ci-dessus sont bien réels. Ils se présentent toutefois dans la vie de l’internaute, avec des fréquences très différentes. Les sollicitations de types « arnaques aux données personnelles –encore appelées phising » sont légions, mais peuvent aisément se classer verticalement. Par contre, plus déstabilisante, la confrontation à des sites « gores », à la pédopornographie et au risque d’être sollicité par un adulte pervers restent dans les limites de la marginalité (alors que les médias y accorderont leur Une quand un cas se présentera dans l’actualité). Le risque de confrontation à ces différents dangers instrumentés par des adultes malintentionnés est relatif, des enquêtes et études récentes le rapportent. Elles disent par contre que les coups bas dont les ados sont victimes viennent souvent de leurs pairs, ceux-là mêmes avec qui ils sont déjà en conflit par ailleurs, à l’école ou dans la rue. Ce qui réclame un arbitrage approprié sans lien avec la lutte contre la pédopornographie.
Ah, ce Facebook tant décrié
Ce qu’il faut aussi prendre en compte, ce sont les conséquences de ces diverses situations de dérapages, car il y a là aussi des distinctions à opérer. Assez curieusement, la publication de contenus en ligne est souvent décriée dans les médias. Qui n’a pas lu un article au moins sur de soi-disant problèmes à l’embauche, quand le candidat se voit « Googleïsé et Facebooké » et que son identité numérique en dit plus que son CV. Ces articles de presse taisent l’adaptation à la situation dont les cadres en entreprise font déjà preuve depuis un moment. La vérité réclame même de dire que la tendance s’inverse de plus en plus. C’est le postulant qui n’a pas de présence dans les réseaux sociaux et qui ne fait preuve d’aucune vie sociale exposée qui pose question : « Qui est vraiment ce candidat ? Est-il capable de travailler en équipe ? A-t-il un sens commun ? Connaît-il ces outils collaboratifs modernes ? ». Et s’il apparaît que des péchés de jeunesse sont encore présents sur la toile, de plus en plus, l’employeur semble faire la part des choses avec bon sens… se rappelant que, lui aussi, a été un ado fougueux et parfois impulsif. On met donc trop souvent les projecteurs médiatiques sur des problèmes qui n’en sont pas véritablement.
Y a-t-il lieu de ne pas s’inquiéter alors de dangers sur le net ? On n’a pas encore fait l’évocation, et donc nous terminerons par là, des dangers liés aux usages hardware et software. Leur fréquence et leurs conséquences ne sont pas insignifiantes, loin de là. Les virus et la détérioration informatique qui en découle ne sont pas des cas si isolés. Et l’ampleur des dégâts à la mesure des activités que l’on décline dans le monde numérique. Si vous ne prenez aucune précaution, perdre le contenu de son disque dur suite à un effacement de la table d’allocation de fichiers peut ruiner l’effort de nombreuses heures de travail ou faire de vous une famille « sans mémoire ». Faites-vous du pc banking ? Certes, vous utilisez alors des connexions sécurisées (https), mais les opérations bancaires que vous réalisez le sont sous votre vigilance. Gare à la divulgation des codes d’accès à votre profil. Par ailleurs, acheter en ligne vous engage comme dans la vie réelle. Jouer en ligne à des jeux d’argent puise véritablement dans votre porte feuilles, fut-il numérique. Répondre à des sollicitations (lettres nigérianes) qui vous promettent des gains faciles sous couvert de quelques opérations financières de moindre coût… Voilà des arnaques auxquelles seul le bon sens lié à l’expérience de vie et l’adhésion à des valeurs fortes empêche de succomber. De même, c’est une naïveté désolante mais encore fréquente chez certains novices, qui fait communiquer ses coordonnées personnelles (code utilisateur et mot de passe) dans le cadre d’une soi-disant vérification informatique des bases de données du système. Le danger, dans tous ces cas, ce n’est pas la machine, ce n’est pas non plus ce qui vous est envoyé par le net… (vous n’avez même pas fait l’objet d’une intrusion informatique ! ), c’est votre propre ignorance, votre naïveté… votre générosité et votre confiance mal placées qui vous entraînent à commettre l’irréparable… vous mêmes. On ne dira donc jamais assez le poids de l’éducation de base et de l’Education aux médias.
Eduquer par la peur ?
Mais souvent, les discours les plus médiatisés sur ces situations de dangers jouent de la même désinformation que les maux qu’ils disent combattre. Cette manière de faire n’est d’ailleurs pas propre au monde de l’informatique. Prenons en illustration cet autre secteur de prévention : celui de la santé publique. Là aussi, la pédagogie par la peur est largement utilisée pour marquer les esprits peu informés. On agite les spectres de l’épidémie pour proposer des traitements, qui n’ont pas nécessairement fait leurs preuves d’ailleurs, faisant croire à une parade simple, facile à appliquer et présentée comme efficace. On professionnalise la prise en charge du risque et on travaille sur les peurs pour déclencher le recours au thérapeute labellisé.
En contrepoint de cette attitude, au terme de notre réflexion, je prendrai le risque de ne pas vous faire peur en brandissant les spectres de l’Internet. Professionnel des médias, j’insisterai plutôt sur le rôle fondamental de l’éducation dans le cercle familial. Cette responsabilité parentale touche à la transmission des valeurs de toujours. A côté de cela, les apprentissages technologiques sont sans doute ceux qui réclament le moins d’investissement du fait d’une génération montante de plus en plus en phase avec les développements numériques. Ce sont plutôt les parents qui doivent se mettre au diapason. De son côté, l’Education aux médias, complémentaire à l’éducation de base, envisage de dévoiler les coulisses des usages médiatiques : Qu’est-ce qui se passe quand cela se passe ? Comprendre les enjeux, c’est percevoir les conséquences possibles de ses actes… fussent-ils numériques et virtuels.
Il serait trop simple de croire qu’Internet puisse un jour être un monde aseptisé, sans dangers. Par contre, apprendre les gestes qui sauvent, ceux-là qui relèvent d’une bonne compréhension globale et de l’application des principes de la santé… numérique, et mieux encore, les base d’une saine hygiène de vie, sans doute est-ce un travail de chaque instant pour les parents et les éducateurs. Y compris, et surtout même, quand les écrans sont éteints. La prévention, c’est une attitude qui se cultive dès avant la confrontation aux dangers.
Mise à jour du portfolio perso
C'est un peu récurrent comme situation...
Pendant l'année, on est quelque peu sous pression, on donne des formations, on sacrifie à une réunionite aigüe et on publie, certes, mais sans avoir beaucoup le temps de mettre en ligne et de promotionner.
Alors, comme l'an dernier (en fait en 2010), c'est un peu massivement que je mentionne une série de papiers qui ont été produits en 2011 et en ce début d'année... Histoire de vous tenir informés de ce qui a été cogité ces derniers mois
Dans la rubrique "Education aux médias"
- Encore scotché devant ton écran. T'en as pas plein le dos ? paru dans Zoom 2.0 n°55 dans la rubrique "Génération Médias"
- Parce que l'EAM s'ancre dans une éducation globale paru dans le dossier des Nouvelles Feuilles Familiales intitulé : "Afficher son identité, protéger sa vie privée", dossier n° 97
- EAM au quotidien, loin de l'intox, de la propagande et des manipulations paru sur le site de Média Animation (Analyses)
- Eduquer aux médias, c'est d'abord alphabétiser paru sur le site de Média Animation (Analyses)
Dans la rubrique "Internet"
- Les dangers de l'intente : Au risque de (ne pas) vous faire peur paru sur le blog "Médiacteur"
- La recherche d'infos se fait de plus en plus sociale : paru sur le site de média Animation (Analyses)
- Première partie : "Les réseaux sociaux entrent en piste dans le référencement des sites"
- Seconde partie : "Partager sa veille en ligne, oui, mais en privilégiant l'opt in"
- Troisième partie : "Les réseaux d'experts au service d'une veille intelligente" - Entre flashmob et mobilisation GSM, quid de la mobilisation 2.0 ? paru sur le site de Média Animation (Analyses)
Dans la rubrique "Réseaux sociaux"
- A l'heure des réseaux sociaux, que devient le métier de formateur ? texte d'une intervention faite au CUNIC, en août 2011
Dans la rubrique "Télévision"
- Le documentaire nature, un genre spécifique ? texte préparatoire à celui à paraître dans le dossier n° 7 des Dossiers de l'EAM (Média Animation - 2012)
- La grande messe de l'info répond à un schéma universel : le JT à paraître dans la collection "A l'école des médias : Médias et diversité culturelle"
La neutralité de Google remise une nouvelle fois en question
Très intéressant, cet article de La tribune.fr qui évoque la manière dont Google fait des suggestions quand vous commencez à introduire un mot-clé dans sa zone de dialogue de recherche.
"depuis le lancement de Google Suggest, rebaptisé entre-temps « Prévisions de recherche », plusieurs jugements rendus par des tribunaux français donnent des coups de griffes à l'impartialité revendiquée de Google."
Le sujet mérite réflexion. En effet, les prévisions de recherche peuvent être vues très positivement comme une aide à la formulation de sa requête. Mais certaines propositions peuvent, à l'inverse, être pressenties comme des assemblages thématiques douteux ! N'est-ce pas à chacun d'apprécier ? Sans doute... mais les intéressés qui voient leur nom associé à des thèmes pas très élogieux, peuvent-ils porter plainte pour atteinte à leur notoriété, voire au non respect de leur vie privée ? A-t-on encore une vie privée aujourd'hui ? Oui, bien sûr... mais jusqu'où le concept est-il revisité ? Là est la question !
Enfin, Google n'est pas totalement insensible à la question, puisqu'il filtre déjà un certain nombre de termes, notamment ceux liés à la pornographie, l'incitation à la violence et la haine. Mais là aussi, une question : avec quels critères ? Car si ces trois raisons de filtrage sont sans doute légitimes, on ne sait alors pas de quoi d'autre Google est susceptible de faire la "censure".
A l'utilisateur, finalement de se poser des questions et de ne pas croire qu'il n'y a de recherche qu'avec Google !
D'autant qu'un second article permet d'illustrer les coulisses d'une manipulation éditoriale dont Google suggest pourrait être, non seulement la victime mais aussi l'instrument. Il est intitulé :"Comment manipuler l'information sur Internet - Petit manuel de barbouzeries numériques ou comment balancer des boules puantes en 2012".
Il s'agit de la troisième partie d'un triptique sur le sujet écrit par Vincent Glad, journaliste à Slate.fr et étudiant à l'EHESS.. C'est un peu "pousse au crime", ce genre d'article, mais cela permet de faire comprendre que la technologie a ses revers et que le dernier juge, en final, reste l'internaute qui doit prendre la mesure des "infos" qui circulent.
Aborder la presse écrite en classe ? Oui, mais avec quelles ressources, direz-vous…
Publier en ligne le résultat d’un travail scolaire, c’est lui donner une seconde vie et un retentissement valorisant pour l’élève auteur. Les enseignants qui intègrent la presse en classe savent-ils qu’ils disposent au sein des Projets thématiques de Wikipédia, d’une opportunité de collaboration avec des collègues et d’une aide logistique qui les soutiendra en cas de difficultés ?
L’enseignant qui aimerait travailler la presse écrite avec ses élèves dispose aujourd’hui d’un vaste soutien opérationnel. En Communauté française, l’opération « Ouvrir mon quotidien » offre une structure spécifique qui se compose de trois éléments :
- La fourniture de journaux
- La visite de journalistes professionnels en classe
- Un site internet (1) centralisant non seulement des ressources sélectionnées et commentées par les animateurs pédagogiques des Centres de Ressources en Education aux Médias, mais offrant aussi un espace de partage (Vos réalisations), de sorte à ouvrir les échanges entre enseignants de terrain.
A côté de cela, de nombreuses ressources existent aussi, qu’il s’agisse d’ouvrages et de publications papier (voir la base de données de la rubrique « Documentation (2) » sur le site OMQ) mais aussi des sites internet dédiés à cette thématique. En effet, hors de la Communauté Française, nombreux sont les autres systèmes d’enseignement qui ont également leurs opérations d’intégration de la presse écrite dans les écoles.
Parmi les multiples pistes possibles d’information sur le monde spécifique de la presse écrite, il y en a une qui mérite tout particulièrement l’attention des pédagogues. Il s’agit du « Portail de la presse écrite sur Wikipédia (3)». Certes, on sait la prudence avec laquelle il faut sélectionner l’info mise à disposition en ligne (et pas seulement sur Wikipédia), mais l’intérêt particulier de l’encyclopédie collaborative, c’est aussi sa dimension participative. Prendre de l’info, mais aussi en composer. Pourquoi en effet les élèves ayant travaillé la presse en classe ne seraient-ils pas capables de compléter des articles existant ou d’en publier de nouveaux ? Un challenge intéressant notamment parce qu’il révèle dans l’action que l’encyclopédie est donc bien le fruit d’une collaboration toujours tâtonnante, et donc perfectible. Une manière pratique d’éveiller l’esprit critique, donc !
Il y a de nombreux articles de l’encyclopédie qui ont un lien avec la presse écrite : des termes spécifiques, des biographies, du vocabulaire en lien avec la technique d’impression, des articles décrivant les métiers du journalisme et de la publication médiatique… C’est la raison pour laquelle un portail spécifique a été créé qui établit les connexions entre tous ces articles. Un portail, c’est un élément structurant de l’encyclopédie qui complète la catégorisation des articles… sans quoi, chaque sujet serait isolé comme dans un simple dictionnaire.
L’intérêt d’un portail, c’est aussi de rassembler des auteurs dans un projet éditorial. En effet, les contributeurs sont invités à se signifier. Ils élaborent ensemble une table des matières et affichent ainsi une liste d’articles qu’ils seraient intéressants de rédiger, de sorte que la thématique soit couverte de façon homogène. Sans cette disposition, il se développe des articles de façon aléatoire, au gré des contributeurs de passage, mais les chances qu’un sujet soit couvert en bonne intelligence restent tout autant fortuites.
Appel à collaboration
Voici en quels termes il est actuellement fait appel à participation : « Le Projet Presse écrite est un projet Wikipédia (4) qui a pour but de coordonner les efforts pour regrouper et améliorer les articles traitant de la presse écrite (5). Vous trouverez ci-dessous les tâches à réaliser ainsi que les outils et les conseils liés à l'avancement des articles en rapport avec la presse écrite. N'hésitez pas (6) à participer au projet et à ajouter votre nom ci-dessous comme participant officiel ».
Le double but avoué d’un appel à contribution est d’améliorer ce qui existe déjà et de compléter cette ébauche. Tout cela en tentant d’atteindre pour un maximum de contributions, le niveau de ce que l’on appelle un « Article de qualité ». Pour l’instant, seule l’évocation de Charles Théveneau de Morande (7) est jugée de bon niveau. C’est peu !
Il existe de nombreux moyens pour aider à améliorer ce projet :
- Corriger les articles existants ;
- Compléter les ébauches presse écrite ;
- Créer de nouveaux articles (par exemple ceux mentionnés dans le cadre « À faire » et plus généralement tous ceux signalés par un lien rouge) ;
- Ajouter les catégories correctes aux articles répertoriés dans la catégorie presse écrite ;
- Illustrer les articles avec de images autorisées ;
- Vérifier les dernières modifications sur la presse écrite..
On le voit le travail ne manque pas pour ceux qui voudraient se mobiliser. Mais peut-être êtes-vous inexpérimenté ? Là aussi, il faut souligner l’intérêt d’un Projet Wikipédia. En effet, il est toujours porté par une équipe de pionniers. Actuellement 5 contributeurs référencés ont apposé sur leur page profil la mention {{Utilisateur Projet/Presse écrite}}. Ils sont donc personnes-ressources pour le projet. C’est avec eux que l’on peut planifier le travail. C’est surtout leur aide qui vous mettra à l’aise lors de vos premiers pas. Car c’est bien le principe de cette encyclopédie : si vous avez envie d’écrire, lancez-vous. D’autres viendront compléter votre travail et, éventuellement le corriger. Pas de nécessité d’être parfait et définitif dans vos propos… A coup sûr, votre travail si bon soit-il, sera remis sur le métier par d’autres. C’est d’ailleurs une bonne expérience d’humilité intellectuelle que de se rendre compte qu’après avoir mûrement pesé vos propos et avoir choisi les meilleurs termes pour les communiquer, il apparaît que l’on veuille malgré cela apporter des corrections. Pour un mieux… on l’espère. Mais ce n’est pas toujours le cas ! Et donc, en cas de conflit de formulation, il vous faudra apprendre à être négociateur patient pour construire un compromis satisfaisant.
Au sein d’un Projet Wikipédia, c’est toute une équipe qui travaille de concert. Alors, lancez-vous et mobiliser élèves et collègues sur les tâches à couvrir.
Exemples de contribution possible :
1. Présenter un quotidien belge
Dans la catégorie « Presse écrite sur papier en Belgique », sont mentionnés les principaux groupes de presse belge. La liste de leurs titres est également développée. Dans celle-ci pour l’instant, seul « Le courrier de l’Escaut » est écrit en bleu, signe que la page correspondante a été créée. Les autres titres sont tous rédigés en rouge, attendant que l’on crée les articles.
Pour entamer le travail, il suffirait de s’inspirer de la présentation du « Courrier de l’Escaut » et d’en reproduire la structure par simple copier/coller dans une nouvelle page. En effet, il y a lieu de formater semblablement les articles qui offrent le même type de contenu. En l’occurrence ici, le sommaire de la présentation du quotidien comporte les rubriques suivantes :
- 1 Historique du plus ancien journal de Belgique
- 1.1 Ses débuts
- 1.2 Les deux guerres mondiales
- 1.3 L'entre-deux-guerres
- 1.4 Les grands changements
- 1.5 Reconnaissance
- 1.6 Le journal contemporain
- 2 Composition du journal
- 3 Le JDE ou Journal Des Enfants
- 4 Changements du courant de l'année 2010
- 5 Notes et références
- 6 Bibliographie
- 7 Liens externes
Voilà donc une proposition à partir de laquelle travailler… car chaque titre a aussi ses particularités.
2. Participer à la présentation des métiers de la presse écrite
Dans la page « Portail de la presse écrite », à côté de « Grandes signatures » figure une sélection d’articles intitulée « Les métiers ». La liste mentionnée est loin d’être complète. Ainsi, le pigiste par exemple n’y figure pas. On serait donc tenté d’ouvrir une nouvelle page pour ce faire. Toutefois, il importe alors de vérifier que l’article n’existe pas déjà, sans qu’il ait été mentionné dans la rubrique que nous nous apprêtons à compléter.
Une recherche dans le moteur interne de Wikipédia apporte la confirmation que le « pigiste » a déjà son article. La contribution possible sera donc d’abord d’insérer la mention de la page existante dans la liste des métiers déjà amorcée. Et puis de voir si cet article sur le « pigiste » ne demande pas des compléments ou des corrections que l’on pourrait proposer. De plus, si certains métiers de la presse écrite sont déjà à l’état d’ébauche, certains d’entre eux peuvent justifier des relectures ou des amendements. Alors…lancez-vous avec vos élèves.
Des doutes quant à l'a propos de Wikipédia ? Visionnez et débattez de ceci avec vos élèves
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Quelle mine documentaire... notamment la rubrique "ressources"
http://www.surlimage.info/index.html
Intervention, ce lundi 22 août, au Cunic de Charleroi

« La formation d’Adultes et les nouvelles technologies de l’information et de la communication : opportunités, enjeux et balises »
22 août 2011 - Centre PME - Gilly
Je traiterai en ouverture de journée, de la question :
- " A l'heure des réseaux sociaux, que devient le métier de formateur ?"
Le diaporama est accessible sur slideshare et le texte de l'intervention ici : Cunic_texte
Après quoi nous entendrons :
- La politique de lutte contre l'exclusion numérique en Belgique: enjeux et perspectives d'avenir.
Par Périne Brotcorne - Historienne et Sociologue, Chargée de recherche à la Fondation Travail –Université
- Les compétences NTIC font-elles la différence dans la recherche d’emploi des demandeurs d’emploi peu qualifiés ?
Par Pierre Lelong - Manager Pôle Ressources et Diffusion, Technofutur TIC ASBL
Témoignage de MICROBUS ASBL avec Dominique Rorive, Coordinatrice Pédagogique et Stéphanie Gonay, Formatrice
- Nos apprenants sont-ils des cyberdépendants ?
Par Minotte Pascal, auteur du livre « Cyberdépendance et autres croquemitaines », Psychologue, Psychothérapeute et Chercheur à l’Institut Wallon pour la Santé Mentale
- Les technologies dans la formation : entre mirage technologique et virage pédagogique ?
Par Marcel Lebrun, Professeur en technologies de l’éducation à l’UCL, Directeur de la cellule «Technologies » de l’Institut Pédagogique universitaire et des Multimédias (IPM) et Conseiller pédagogique à l’IPM.
Témoignage d’Odile DUPONT, Coordinatrice des projets e-learning, FOREM Formation
Cette journée de colloque trouve place dans une série d'ateliers menés entre les 15 et 26 août.
Programme complet ici.
Et bang ! Yahoo fait dans le Bing
"Powered by Bing" voilà comment désormais on pourra lire les résultats affichés par Yahoo!France !
Cherchez la différence... Pour vous faire gagner du temps, passez par le site d'Olivier andrieu (Abondance.com) pour évaluer les modifications. Cette analyse est parue dans la lettre du 5 août, laquelle contient aussi d'autres réflexions intéressantes que je ne peux que vous inviter à lire :
- la suppression de l'annuaire dans les services de Google
- le nouveau look de Yahoo!Images




